Déclaration
Déclaration de l'AUCC sur l'internationalisation
et les universités canadiennes
Le XXIe siècle ne sera pareil à nul autre. Il se distinguera par un niveau et une intensité d'interaction sans précédent à travers le monde, dans tous les domaines ― économie, politique, culture. La mondialisation n'a pas seulement modifié la façon dont nous faisons des affaires, produisons et vendons des biens et services; elle change à un rythme rapide le tissu même de notre société. Le Canada doit continuer à se préparer à renforcer ses capacités afin de pouvoir fonctionner dans le nouveau contexte mondial. Notre réussite dépendra largement de la façon dont nous formons nos citoyens.
Nos universités ont une longue tradition de collaboration internationale. Mais aujourd'hui, l'internationalisation de l'université va bien plus loin que la coopération interpersonnelle ou même interuniversitaire au-delà des frontières. Il s'agit d'une transformation nécessaire, dynamique et délibérée de notre manière d'enseigner et d'apprendre, essentielle pour assurer la qualité future de l'enseignement supérieur et même l'avenir du Canada. Dans un monde où les défis et les possibilités prennent une envergure planétaire, les universités sont d'incomparables vecteurs de changement.
La Déclaration de l'AUCC sur l'internationalisation et les universités canadiennes a comme double objectif de témoigner de la montée de l'intérêt, des efforts et de l'étendue des changements qui ont déjà contribué à internationaliser les universités canadiennes et d'inciter à poursuivre le processus en proposant un cadre d'action que chaque établissement devrait considérer et débattre en tenant compte de sa mission, de ses ressources et de ses priorités.
Nature et objectifs de l'internationalisation
De plus en plus d'universités affirment dans leur mission leur volonté d'internationalisation. Cette affirmation traduit la conviction que c'est en adoptant une démarche internationale que nous parviendrons à maintenir l'excellence en enseignement supérieur et en recherche, tout en contribuant à la qualité de vie et en assurant au Canada une place de choix au XXIe siècle. Même si l’importance accordée à la dimension internationale varie selon l'histoire et la nature des différentes universités, toutes cherchent à accélérer l'internationalisation en favorisant les objectifs suivants :
Mettre en valeur le potentiel humain
Chaque université a la responsabilité de préparer ses étudiants et de sensibiliser l'ensemble de la collectivité à la vie et au travail dans un contexte d’interdépendance mondiale. Dans un monde où les ressources humaines deviennent la clé de la croissance économique et du mieux-être social, les universités jouent un rôle clé. Toutefois, les avantages économiques et culturels qu'apporte un échange actif de scientifiques et d'étudiants, surtout dans le cadre des échanges d'étudiants au premier cycle, ne sont pas toujours bien compris et les universités devraient se charger de les expliquer et de les faire valoir. Après tout, elles préparent des individus hautement qualifiés qui possèdent des compétences essentielles dans des domaines qui ont une incidence économique directe et qui affermissent la compétitivité du Canada à l’échelle internationale; elles inculquent en outre des valeurs humaines, la prise de décision éthique et la connaissance de la diversité culturelle et sociale qui détermine l'attitude des Canadiens face au changement et au reste du monde.
Faciliter les échanges d'idées
Les universités sont un forum où on peut débattre des opinions et des idées et elles offrent un service important en faisant mieux connaître et comprendre les grandes questions qui nous concernent tous. Elles instaurent un climat de « village planétaire » dans le milieu universitaire, à la fois par l'accueil d'étudiants et de professeurs du monde entier et par la manière dont leurs programmes d'études reflètent et intègrent la nature internationale du savoir.
Accroître la coopération internationale
Les universités sont traditionnellement des chefs de file dans la coopération internationale en matière de recherche et d’activité savante, et ont ouvert la voie du partenariat en créant des alliances transsectorielles et transfrontalières. L'interdépendance dans une multitude de grandes questions rend plus importants que jamais les échanges et la coopération internationale et intersectorielle qui enrichissent les connaissances et apportent des solutions.
Intensifier la mobilité étudiante dans le monde
Un moyen de mieux préparer les étudiants aux exigences de la vie au XXIe siècle consiste à accroître les possibilités d'étudier à l'étranger. Les avantages personnels, éducatifs, et, disons-le, sociaux de stimuler l'ouverture et la compréhension du monde chez les étudiants sont inestimables. Les étudiants étrangers sont une ressource importante pour notre réseau éducatif. Une université dont le corps étudiant n'aurait pas d'élément cosmopolite perdrait beaucoup de richesse comme milieu d'apprentissage.
Contribuer à l'aide au développement international
Les universités canadiennes ont grandement bénéficié des systèmes d'éducation étrangers. Nombreux sont les professeurs qui ont fait leurs études en partie ou en entier, à l'étranger. Beaucoup d'idées et de techniques qui enrichissent notre vie intellectuelle et rendent service à la société canadienne ont pris naissance ailleurs. Si le Canada est un pays industrialisé, c'est largement grâce à la collaboration avec l’étranger. Il est donc juste, et prudent, que les universités canadiennes, de concert avec les gouvernements et les industries du pays, demeurent fermement déterminées à partager leurs connaissances et leurs ressources avec des peuples qui en ont besoin pour réaliser leurs aspirations légitimes.
L'avenir de chaque nation est indissociable de celui des autres. Tout comme l'objectif de l'Aide publique au développement est de soutenir le développement durable, de réduire la pauvreté et de contribuer à bâtir un monde sûr, équitable et prospère, nos universités, en aidant au renforcement des capacités à former des ressources humaines locales essentielles à la prospérité durable de tout pays, s'associent aux efforts de ces pays pour trouver leur propre voie vers le développement.
Voies et moyens d'internationalisation : Un cadre d'action
Dans le monde de l'enseignement supérieur, l'internationalisation est un phénomène à multiples facettes dont la présence se fait sentir à tous les niveaux et qui touche tous les aspects du mandat de l'université. Elle modifie ce qu'on enseigne en classe, le mode d'apprentissage, la composition de l'effectif étudiant et celle du corps professoral. L'impact de l'interdépendance mondiale se reflète aussi dans les travaux de recherche et les lectures de référence, les études de cas utilisées, les possibilités ouvertes aux étudiants ainsi que les activités et services offerts au grand public.
Cette évolution du mandat de l'université est jusqu'à un certain point le résultat normal de la recherche qui caractérise l'enseignement supérieur. Toutefois, pour que le processus d'internationalisation se déroule bien, l'université doit se livrer à une transformation délibérée et proactive de l'enseignement et de l'apprentissage.
Il est important dans toute stratégie d'internationalisation que la volonté existe au niveau le plus élevé de l'administration et qu'elle s'affirme dans l'exposé de mission de l'établissement. Mais cet élément ne suffit pas à lui seul. La transformation doit se faire à la fois à la base et au sommet pour donner une dimension internationale aux divers aspects du mandat, établir des ponts entre les nombreuses activités parallèles et ancrer le concept que les étudiants, les professeurs et tout le personnel contribuent utilement au processus global d'internationalisation.
Concrètement, une véritable volonté d'internationalisation peut se manifester dans tous les domaines suivants :
Politique administrative de l' établissement
- Insertion des buts et objectifs d'internationalisation dans le plan stratégique de l'université;
- reconnaissance de l'action internationale du corps professoral et des chercheurs;
- appui et services aux étudiants canadiens qui souhaitent aller étudier à l'étranger;
- appui et congé d'études pour participer à des projets de développement international, soutien à des étudiants, à des chercheurs et à des professeurs de pays en développement;
- services aux étudiants étrangers, par exemple l'aide pour trouver un logement, l'orientation scolaire et sociale;
- mise en place d'une structure administrative pour promouvoir, faciliter et coordonner les initiatives de coopération internationale de l'université;
- insertion dans les campagnes de souscription de l'université d'initiatives visant expressément à soutenir l'activité internationale;
- facilité d'accès à l'information sur les conditions d'admission des étudiants à l'étranger, compréhension des questions qui touchent la reconnaissance de diplômes étrangers et création d'un milieu propre à faciliter les transferts de crédits dans les deux sens.
Politique d'enseignement
- Programmes d'études qui mettent l’accent sur l’aspect international (p. ex. études sur le développement, études des régions, langues), renforcement de la dimension internationale des programmes d'études de toutes les autres disciplines et invitation à acquérir la maîtrise d'une deuxième et d'une troisième langues pour les étudiants aux cycles supérieurs;
- possibilités de faire des études et de les faire reconnaître, de travailler et d'acquérir d'autres formes d'expérience à l'étranger pour les étudiants canadiens et favoriser les échanges pour les professeurs et le personnel;
- tirer pleinement parti de la compétence des étudiants étrangers en enseignement et en recherche.
Possibilités en recherche
- Création d'un milieu de recherche qui facilite la participation à des travaux à l'échelle internationale; par exemple en encourageant les projets de recherche à vocation internationale et de recherche concertée avec des partenaires étrangers.
Service à la collectivité et activité paraprofessionnelle
- Favoriser la fondation de cercles internationaux et l'activité paraprofessionnelle à caractère international dans le milieu universitaire et à l'extérieur, par exemple dans les écoles et au sein des entreprises locales;
- faciliter la participation des professeurs et des étudiants aux conférences, colloques ou ateliers internationaux, comme délégués ou organisateurs, et inviter des représentants d'autres milieux.
Politique provinciale
- Promouvoir la notion que la compétence des provinces en matière d'enseignement supérieur est compatible avec les initiatives pancanadiennes pour l'organisation cohérente et coordonnée de nombreux aspects de l'internationalisation;
- réclamer qu'on modifie les politiques provinciales pour qu'elles reconnaissent la valeur de la coopération internationale et soutiennent les activités d'internationalisation des universités;
- presser les gouvernements provinciaux de supprimer les entraves administratives à une plus grande mobilité étudiante et adopter des politiques qui la favorisent.
Politique sur le plan fédéral
- Voir à ce que les politiques adoptées par divers ministères ou organismes du gouvernement fédéral comme Affaires étrangères et Commerce international Canada, l'Agence canadienne de développement international, Développement des Ressources humaines Canada, le Centre de recherches pour le développement international et les organismes subventionnaires, entre autres, tiennent compte des besoins et des possibilités d'action que la mondialisation offre aux universités dans le domaine du financement, les politiques d'immigration et d'emploi, l'assurance-maladie, la politique en matière de science et de technologie, l'Aide publique au développement, l'aide technique, l'exportation de services et nombre d'autres.
Préparer les Canadiens au XXIe siècle demande de nouvelles connaissances, de nouvelles compétences, de nouvelles démarches et de nouvelles attitudes, dont aucune ne peut être suffisante ou pertinente en l'absence d'une dimension internationale dans l'enseignement. L’internationalisation de nos universités est par conséquent nécessaire à cette préparation, fait partie intégrante de l'excellence de notre enseignement supérieur et constitue un élément essentiel au mieux-être futur de la société. Ayant adopté la présente déclaration lors de son assemblée générale annuelle de 1995, les membres de l'AUCC s'engagent à poursuivre l'internationalisation des universités canadiennes.
Pour obtenir un complément d’information, veuillez communiquer avec Pari Johnston, directrice, Relations internationales.
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