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Article d'opinion

L'article d'opinion ci-dessous a paru dans Le Devoir le 25 août 2008. Une version anglaise a paru dans le Globe and Mail, le 8 août 2008 et dans le St. John's Telegram le 9 août 2008.

Pourquoi les universités doivent-elles préserver leur autonomie?

Au cours des derniers mois, les interventions du gouvernement québécois dans des questions touchant la gouvernance universitaire, notamment dans le contexte de la crise qui perdure à l’UQAM, ont fait couler beaucoup d’encre.

Ailleurs au pays, un nombre croissant d’interventions gouvernementales ont été perçues ou reconnues comme menaçantes pour la gouvernance et l’administration internes des universités, et signalées comme telles. Plus récemment, le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador a été accusé publiquement d’être intervenu dans le processus de sélection d’un recteur.

L’autonomie des universités a toujours fait l’objet d’une âpre lutte; cette autonomie est nécessaire si l’on considère qu’une université n’est en mesure de répondre adéquatement aux besoins de la société que si elle est libre de le faire en obéissant aux impératifs de la quête intellectuelle en soi.

Il ne fait pas de doute que les universités, qui bénéficient d’un financement public considérable, doivent être tenues de rendre des comptes. Le public a le droit de savoir comment les deniers publics sont utilisés pour faire progresser la société. Les universités ne remettent aucunement en question leur obligation de faire rapport sur la façon dont les fonds sont dépensés, ceci par l’intermédiaire de leurs conseils d’administration et de différents mécanismes de vérification et de présentation de rapports destinés au public. Effectivement, il existe dans toutes les provinces et à l’échelon fédéral une gamme de mécanismes destinés à garantir la transparence et la reddition de comptes.

Parallèlement, les gouvernements doivent absolument reconnaître que l’autonomie des établissements est capitale si l’on veut que les universités puissent remplir les fonctions que prévoit pour elle la société, c’est-à-dire offrir un enseignement supérieur de grande qualité au plus grand nombre possible de personnes qualifiées, poursuivre des recherches et une activité savante répondant aux normes d’excellence les plus élevées, en tenant compte des contraintes en matière de ressources, et servir les communautés grâce à une vaste gamme de partenariats avec des organisations des secteurs privé, public et à but non lucratif. Par l’entremise des trois activités principales qui la caractérisent – l’enseignement, la recherche et les services à la collectivité –, l’université influe grandement sur la compétitivité économique et la productivité du Québec et du Canada, de même que sur le développement social et culturel et sur la qualité de vie de la population.

Préserver l’autonomie des établissements tout en accordant une place appropriée à l’administration gouvernementale des investissements publics dans les universités exige le maintien d’un équilibre délicat qui repose sur l’exercice d’un leadership respectueux de la part des universités et du gouvernement et sur des automatismes régulateurs efficaces au sein des universités elles-mêmes. Ces derniers éléments sont au cœur des modèles de gouvernance universitaire en place dans notre pays. Le maintien de cet équilibre est vital si l’on veut que les universités puissent recruter, sans interférence de nature politique, les meilleurs dirigeants de même que les plus grands cerveaux pour assurer l’enseignement et la recherche dont la société pourra ensuite bénéficier. L’ingérence réelle ou apparente du gouvernement dans la gouvernance et l’administration universitaire est incompatible avec la création d’un climat propice à la liberté d’investigation scientifique et d’expression intellectuelle et, sans un tel climat, il devient difficile d’attirer l’élite universitaire.

On s’inquiète de plus en plus, au sein du milieu universitaire canadien, du fait que l’interventionnisme de l’État menace, du moins dans certaines provinces, l’équilibre fragile dont il est question ici. Même s’ils découlent des meilleures intentions du monde, les empiétements du gouvernement dans la microgestion des universités sont une entrave à l’exercice des rôles qu’il a lui-même prévus pour les universités au sein de la société. L’autonomie des établissements et le principe de la liberté universitaire qui y est rattaché sont les meilleurs garants de l’existence d’une activité savante et d’un enseignement supérieur dans une société libre.

L’Association des universités et collèges du Canada estime importante l’autonomie des établissements. Par exemple, les établissements qui souhaitent devenir membres de l’Association doivent être dotés d’un conseil d’administration indépendant ou d’un organisme équivalent qui a pour mandat de rendre publiquement des comptes, qui fonctionne de façon transparente et ouverte, et qui contrôle les finances et l’administration au sein de l’établissement. Les établissements membres doivent également veiller à ce que les décisions relatives à l’enseignement – ce qui est enseigné, qui enseigne et comment se fait l’enseignement – soient dévolues au personnel universitaire par l’intermédiaire d’un sénat universitaire ou d’un organisme équivalent.

Les universités, comme bénéficiaires de fonds publics, ont le devoir de rendre des comptes. Par ailleurs, comme lieux d’enseignement, centres de recherche libre, sources dignes de confiance d’expertise scientifique, et responsables de la création et de la transmission du savoir, les universités ont, à l’égard de la société, le devoir de s’opposer à toute ingérence dans leur gouvernance et leur administration, ainsi que d’insister pour que les gouvernements et autres organismes reconnaissent que l’autonomie institutionnelle est une condition essentielle au fonctionnement adéquat des universités. Les universités doivent être libres d’établir leurs priorités en matière de recherche et d’éducation sans que leur autonomie ne soit menacée.

Claire M. Morris est la présidente-directrice générale de l'Association des universités et collèges du Canada


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