Sortir de sa tour d’ivoire
En tant qu’étudiante au doctorat qui ai eu la chance de profiter du soutien financier du CRSH à la maîtrise et au doctorat, je suis parfaitement consciente de tout ce que je dois aux Canadiens qui ont appuyé mes recherches par l’entremise de programmes gouvernementaux. Je me préoccupe souvent du fossé qui sépare les personnes qui financent la recherche de celles qui la font, parce que si nous, en tant qu’universitaires, ne sensibilisons pas les Canadiens à l’importance de nos travaux, la recherche risque de devenir une priorité moindre en période de difficultés économiques. De surcroît, n’est-il pas logique d’informer les personnes qui, au départ, financent nos recherches quand nous faisons des découvertes intéressantes?
Alors, comment pouvons-nous combler ce fossé? Comment pouvons-nous nous assurer que les personnes à l’extérieur de nos établissements comprennent la valeur de nos travaux et l’importance de financer tous les types de recherche scientifique? Cette dernière question semble tout à fait pertinente dans mon domaine. Je suis archéologue et j’étudie l’art rupestre de l’époque glaciaire; je ne cherche pas à guérir le cancer ou à régler les problèmes liés au réchauffement planétaire. Par contre, j’essaie de répondre à des questions comme « quand les premiers humains sont-ils devenus nous? » et « d’où vient notre capacité à communiquer avec des symboles? ». Quand je sors de ma tour d’ivoire, je suis toujours surprise de constater à quel point les gens veulent en savoir plus sur mes travaux.
J’étudiais à la maîtrise la première fois que je suis allée dans une école pour parler de mes recherches à des élèves de septième année. J’ai su dès lors que j’avais trouvé une très bonne façon de combler le fossé. En collaboration avec l’organisme canadien de sensibilisation du public Parlons sciences, j’ai fait des dizaines d’exposés dans des écoles et devant des groupes communautaires d’adultes au cours des quatre dernières années. Cette expérience a été non seulement enrichissante pour ceux qui ont eu l’occasion de découvrir mes travaux, mais elle m’a permis de parfaire mes techniques de présentation et de me rappeler pourquoi j’aime tant ce que je fais (ce qu’on oublie parfois lorsqu’on se trouve dans la marmite à pression qu’est une école d’études supérieures).
J’aimerais inviter les étudiants aux cycles supérieurs et les professeurs à sortir de leur tour d’ivoire plus souvent. La démarche communautaire est une façon simple et enrichissante de communiquer avec les nombreuses personnes qui appuient nos travaux. Permettre aux Canadiens d’avoir accès à la recherche universitaire constitue également une excellente façon de garantir le maintien de notre financement pour de nombreuses années encore.

