Resituer l’université

31 octobre 2011



« Je veux simplement mentionner que l’éducation ne garantit aucunement le sens moral, la prudence ou la sagesse. Se cantonner dans le même type d’éducation ne fera qu’aggraver nos problèmes. Je ne plaide pas en faveur de l’ignorance, mais j’affirme que la valeur de l’éducation se mesure en fonction des normes qui garantissent la moralité et la survie de l’humanité. Pour sauver l’humanité, nous n’avons pas simplement besoin d’éducation, mais d’un certain type d’éducation. » [traduction libre] David Orr, Earth in Mind

Le monde dans lequel le système universitaire a été fondé a subi des changements incommensurables au fil du temps. Les crises sociales et écologiques actuelles présentent des difficultés sans précédent pour l’humanité. Les universités ne sont pas à l’abri de ces difficultés. Nombreux sont ceux qui prétendent que l’éducation postsecondaire est dans l’obligation de lutter contre les problèmes sociaux et écologiques et de contribuer à créer un avenir juste. Cette obligation est particulièrement justifiée si l’on tient compte du fait que le système universitaire a sans doute contribué à la création de ces problèmes, ainsi qu’à leur perpétuation. Comme l’affirme David Orr, « il ne s’agit pas de l’œuvre d’ignorants. C’est plutôt en grande partie le résultat du travail de titulaires de baccalauréats, de maîtrises et de doctorats ».

Si les pratiques actuellement utilisées en éducation postsecondaire ont manifestement joué un rôle dans la création de ces crises, l’éducation postsecondaire se doit de jouer un rôle dans la réhabilitation des collectivités. Toutefois, comment effectuer cette transformation de la manière la plus efficace possible? Quelles réformes pédagogiques sont requises pour concevoir une éducation adaptée au monde actuel? Je crois que la solution consiste à resituer l’université.

L’université est trop souvent isolée de sa collectivité, l’endroit même où les problèmes se manifestent. Elle doit jouer un rôle au cœur de sa collectivité si elle veut tenter de contribuer à en résoudre les problèmes. Je ne soutiens pas que tous les établissements soient indifférents à toute la gamme de problèmes qui touchent les gens et la planète. Certaines universités adaptent leur enseignement en tenant sérieusement compte des problèmes de ce monde dans l’intention de stimuler le changement. Cependant, si les leçons demeurent confinées aux salles de classe, le changement demeure théorique. Le changement ne peut être engendré si les étudiants n’ont pas l’occasion de les mettre en pratique. La forme d’éducation la moins viable est peut-être celle qui stagne, complètement dissociée du monde auquel elle se destine.

L’université doit reconnaître sa participation aux problèmes sociaux et écologiques, particulièrement ceux qui touchent la collectivité dans laquelle elle se trouve. C’est dans ce contexte local que les étudiants ont le plus d’occasions de mettre en pratique leurs apprentissages et d’apporter des améliorations. L’université doit également se demander si les améliorations que les étudiants seront en mesure d’apporter grâce à l’éducation postsecondaire engendreront un monde meilleur.

En pleine période de réchauffement planétaire, malgré les guerres et le temps qui joue contre nous, nous devons redécouvrir nos collectivités. Ne pas nous intégrer à elles, c’est nous isoler, faire preuve d’indifférence et afficher un comportement apathique qui participe à la détérioration du monde. Découvrir notre collectivité, c’est donc découvrir ce pour quoi nous travaillons. En nous situant au cœur des collectivités, nous élargissons notre lieu d’appartenance pour englober ce qui nous entoure, les gens et la planète, parce que nous comprenons nos environnements et nos collectivités. En nous situant au cœur des collectivités, nous agissons de manière sensée et attentionnée, parce que nous nous considérons comme des intervenants qui exercent une influence sur certains éléments et utiliser cette influence pour les améliorer. En nous situant au cœur des collectivités, nous découvrons les interrelations et les relations d’interdépendance qui nous rendent à la fois vulnérables et indispensables à la survie de nos collectivités et du monde.

Il peut sembler utopique de rêver d’un monde meilleur : la coexistence harmonieuse des humains et du reste du monde, sans injustices, inégalités ou problèmes. Toutefois, l’utopie n’appartient pas au monde de la réalité. En grec, le préfixe u signifie non et topos, lieu. De par son étymologie, l’utopie ne peut donc avoir lieu. Peut-être est-ce donc cette impossibilité de faire exister l’utopie qui a empêché le renouvellement de nos collectivités. Alors peut-être qu’au lieu d’utopie, nous devrions considérer topos, soit le lieu représenté par nos collectivités, c’est-à-dire l’endroit où doivent se situer les universités.

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Un commentaire sur Resituer l’université

  1. zergane dit :

    d’abord, bon soir je vous suis fiere de voir des etudiantes comme vous, j’aimerai bin de devenir telle vous, et j’amerai bin de vous contacter vous avez fait un bon travail, mercie à biantot avec zahra

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