Natifs ou migrants du numérique, qui sont-ils ?

18 octobre 2011



Comment décrire la nouvelle génération d’étudiants qui nous arrive, j’oserais dire qui nous envahit en 2010? Ils apprennent par cœur, appliquent mécaniquement les formules et veulent avoir une réponse immédiate à leurs questions sans essayer eux-mêmes de la trouver. Leur rythme de vie actuel limite le temps qu’ils peuvent consacrer à la préparation de leurs cours, à la pratique et à la réflexion. Les enseignants se trouvent aujourd’hui devant des groupes si hétérogènes qu’il leur est difficile de tenir compte en même temps de tous les niveaux de préparation, de tous les styles d’apprentissage et de toutes les sortes de motivation. Comment pourrions- nous tirer profit des caractéristiques et exploiter les forces en classe de cette nouvelle lignée d’étudiants que l’on qualifie souvent de « natifs » ou de « migrants » du numérique?

1.1 Un profil étudiant en mutation

On qualifie souvent cette génération d’individualiste. Elle est habituée au confort et accorde beaucoup de valeur au matériel de qualité. Nous savons également que les 18 à 30 ans devront être hautement qualifiés et qu’ils seront en demande sur le marché du travail et c’est à nous que revient la responsabilité de les former.

Ces jeunes sont très à l’aise avec la technologie. Les anglo-saxons parlent de la génération N (la Net Generation) et au Québec, on l’appelle la génération C pour communiquer, créer et collaborer. Comme ils ont rapidement accès à l’information, ils tendent à remettre en question l’information qu’on leur donne, ils accordent moins de valeur aux règles mais ils ont une conscience mondiale très aiguë parce qu’ils sont « branchés ». Pour eux, la terre est un vaste terrain de jeu et l’instabilité, un mode de vie. Enfants souvent uniques de parents absents, il est plutôt difficile pour eux de trouver des modèles auxquels s’identifier. Les femmes sont devenues majoritaires dans plusieurs domaines traditionnellement masculins.

Par contre, ils ont une conscience sociale développée, leur avenir les préoccupe : les menaces pour l’environnement, la mondialisation, l’instabilité des marchés, le vieillissement de la population et la proportion restreinte de citoyens à contribuer au financement des services publics font partie de leurs inquiétudes. Paradoxalement, ils ne croient plus à la politique ni à leurs représentants.

1.2 Qu’est-ce qui les motive?

Partant de cette description, nous serions en droit de nous demander ce qui les motive, ce qui les pousse à agir. En les observant de plus près, on constate qu’ils vivent plus facilement que leurs prédécesseurs le changement, les sensations fortes et le risque. Cela les conduit à rechercher la variété dans leurs cours et leur travail. Ils apprécient un climat au sein duquel ils peuvent innover et recourir à leur débrouillardise. Ils ont développé la culture de l’hypertexte, un esprit multi-tâches et surtout le zapping (ils passent en moyenne quatre heures par jour devant un écran) qui se traduit par un esprit mutant. Par contre ce phénomène occasionne également des « dommages collatéraux » : difficulté de concentration, dictature de l’immédiat, exclusion et démotivation n’en sont que quelques-uns.

Selon un document de Théo Bondolfi, ils recherchent dans leurs études un environnement numérique qui se résume à ces quelques points : tutoriels individuels, autodidactie, partage de fichiers ainsi que recherche et vérification de l’information. Ils aiment récupérer leurs cours en ligne mais apprendre sur papier. En classe, ils valorisent la rétroaction immédiate et honnête. Ils ont besoin d’encouragement pour atteindre leurs buts à long terme, ils veulent être récompensés pour un travail bien fait, mais les attentes doivent être claires et les buts mesurables. Pour eux, l’eculture* concerne la manière de traiter les courriels, de partager des informations sur le Web, de gérer la formation à distance et d’animer une communauté virtuelle.

1.3 Quels seraient les comportements gagnants auprès de cette génération?

Bien sûr, les enseignants ont peu de pouvoir sur les styles d’apprentissage, les forces et les faiblesses intellectuelles, l’origine ethnique ou encore les difficultés familiales de leurs étudiants. Ils doivent également jongler avec les exigences du programme, l’évaluation et surtout les contraintes de temps. Comment, dans ces conditions, susciter chez l’étudiant l’expectative et maintenir sa motivation? La première étape consiste à comprendre celui qui se trouve devant nous dans la classe, à chercher ses points forts et à les exploiter. Ensuite, il faut intervenir de manière à répondre à ses principaux besoins tout en respectant qui nous sommes. Tout compte fait, un être humain de génération X, Y ou C, est un être humain. Et vous, comment allez-vous inclure l’eculture dans votre enseignement?

*Eculture: les comportements et les pratiques dans un écosystème numérique tant au niveau intellectuel que collectif. L’eculture est un domaine transdisciplinaire, à cheval entre plusieurs sciences sociales et techniques.

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