L’alternative humaniste au modèle de l’économie du savoir

19 septembre 2011



Les universités canadiennes sont très sensibles au credo de l’économie du savoir. Selon l’OCDE, qui fait la promotion de ce modèle, l’économie fondée sur le savoir repose sur la production et l’utilisation du savoir pour assurer la croissance économique. Le savoir permet de renforcer la compétitivité économique d’un pays, aussi il faut se l’approprier pour s’assurer d’un avantage concurrentiel. Les universités sont conviées dans ce contexte à privatiser et à valoriser commercialement le savoir qu’elles produisent, au moyen de brevets et d’autres formes de propriété intellectuelle, et à former du personnel qualifié capable de relever les défis inhérents à la nouvelle donne économique caractérisée par le phénomène de mondialisation. Les gouvernements du Canada s’inspirent de ce modèle dans leurs politiques et leurs programmes lorsqu’ils souhaitent accroître les ressources destinées aux universités.

Cela dit, dans les universités canadiennes, malgré des gains à court terme, l’adhésion dogmatique au modèle de l’économie du savoir recèle son lot de problèmes : exacerbation de l’intérêt particulier dans un lieu où doit primer le bien commun, privatisation des connaissances consacrant le principe d’exclusion, résultats de recherche dont la rentabilité est mesurée d’abord en termes économiques et qui sont attendus à brève échéance. Aussi, il est paradoxal qu’avec un tel modèle qui prône l’innovation (la nouveauté, l’inédit), ce soit néanmoins l’uniformisation des pratiques qui ait la cote, dans une course à l’ajustement structurel des pratiques universitaires. Certes, de tout temps, l’université a entretenu d’étroites relations avec l’État. Elle a répondu aux demandes externes et actualisé sa mission par la réinvention de compromis, à la faveur d’une durée. Il n’est pas question ici de nier l’apport de l’université au mieux-être économique des individus et des sociétés. Il est plutôt question de promouvoir une alternative humaniste au modèle de l’économie du savoir, souvent présenté comme la seule option possible. Cette alternative est celle des sociétés du savoir.

Alors que le modèle dominant postule l’existence d’une économie du savoir, un modèle alternatif suppose le développement de sociétés du savoir, sociétés au pluriel, ce qui engage à la reconnaissance de la diversité culturelle. L’UNESCO se fait le porteur de ce modèle. Au cœur de ces sociétés, il y a la capacité de produire et d’utiliser le savoir pour le développement humain. La liberté d’expression et la coopération entre les peuples et en leur sein sont les fondements sur lesquels reposent les sociétés du savoir. L’accès universel à la connaissance est un préalable, ce qui suppose à la base des stratégies de lutte contre la pauvreté. Il faut mettre fin à la fracture numérique : l’usage de logiciels libres est proposé. Une fracture cognitive sépare le Nord et le Sud. Le savoir tend à devenir un principe d’exclusion conférant le pouvoir à ceux qui le détiennent. La commercialisation des résultats de la recherche restreint l’accès à la connaissance, aussi faut-il adopter une voie intermédiaire conciliant le droit au savoir et la protection de la propriété intellectuelle.

Les gouvernements et les universités du Canada doivent être plus sensibles à cette alternative humaniste au modèle de l’économie du savoir. Cela doit se traduire dans leurs politiques, leurs programmes et leurs pratiques. Il y va de la préservation de la mission de l’université, mais aussi de notre avenir collectif, dans ce monde menacé.

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