De plus vastes horizons pour les universités et les Canadiens

20 décembre 2011



Pour la toute première fois en 100 ans, l’Association des universités et collèges du Canada (AUCC) a invité des étudiants à participer à ses réunions des membres. Comptant parmi les 10 étudiants qui ont pris part à ces réunions à Montréal qui marquaient le centenaire de l’Association à la fin d’octobre, je ne savais trop quoi penser de cette initiative. Fallait-il y voir un simple exercice de relations publiques de la part des recteurs canadiens, ou un changement plus profond? En nous invitant – ainsi que d’autres membres de la société civile – à Montréal, l’AUCC souhaitait-elle réellement accroître la transparence, le caractère inclusif et la légitimité de ses plans nationaux, ou représentions-nous un élément parmi d’autres de célébrations en bonne et due forme d’un centenaire?

Dans son discours d’ouverture intitulé Nous ouvrir à de plus vastes horizons, le président du conseil d’administration de l’AUCC, recteur et vice-chancelier de la UBC, Stephen J. Toope, a fait un plaidoyer passionné, réfléchi et complet en faveur d’un nouveau message pour l’enseignement supérieur. Tout en reconnaissant l’existence de guerres de clocher et la lutte entre les universités et au sein de celles-ci pour l’obtention de fonds publics de plus en plus maigres, M. Toope a invité avec enthousiasme les membres de l’Association à voir au-delà de ces horizons limités. « Notre histoire ne repose pas sur la concurrence, a-t-il affirmé. Elle repose sur la contribution. » Partant de ce point pivot, il a déroulé une puissante stratégie de service public qui vise notamment à déconstruire l’image réductrice de simple « groupe d’intérêts » que la population des universités s’est forgée. Parsemant son discours de mots et d’expressions comme « responsabilité », « but ultime », « bien-être des Canadiens », « avancement des connaissances » et « influence positive », M. Toope a affirmé que la réponse actuelle à la question « À quoi servent les universités? » est la suivante : « À nous ouvrir à de plus vastes horizons. »

Certains y verront un habile exercice de changement d’image. D’autres diront que cette vision ressemble à un conte de fées. Pour que les universités s’engagent directement et profondément dans les expériences d’apprentissage à tous les niveaux d’enseignement, ou qu’elles cultivent un nombre accru de partenariats avec le secteur privé, une transformation fondamentale et radicale sera nécessaire. La façon même dont elles conçoivent la production, la transmission et la consommation du savoir devrait être modifiée. Une reconnaissance, aussi modeste soit-elle, de la diffusion sociale des connaissances et de leur circulation à l’échelle mondiale devrait être intégrée aux programmes d’études, à la recherche et à l’administration des établissements. Ce milieu universitaire renouvelé serait et semblerait alors plus engagé et pertinent sur le plan social. Il serait également plus démocratique. Il restera sans doute certaines tours d’ivoire au sein de ce système d’enseignement vaste et complexe, mais leur condescendance les aura en grande partie quittées.

Pour que le changement s’opère efficacement, les Canadiens devront eux aussi modifier leur attitude envers l’enseignement supérieur et leur perception de celui-ci. Par ailleurs, les relations internes entre les disciplines, la liberté universitaire, l’administration des établissements et « l’utilité » sociale des universités devront être repensées sans pour autant évacuer les tensions dynamiques, novatrices et créatives déjà présentes. Raconter une histoire est une chose, mais changer véritablement le cours de l’histoire en est une autre. Cela dit, beaucoup des changements proposés, en particulier ceux qui se rapportent à la production, à la transmission et à l’utilisation du savoir, semblent se produire de façon « organique ». Les réseaux sociaux électroniques et une conscience écologique plus aiguisée ont littéralement infiltré les moindres recoins des universités. Cette intégration se fait généralement sous le signe de la transparence et de l’ouverture, du moins jusqu’à maintenant. C’est peut-être parce qu’il fait écho à ces changements structurels profonds que le discours de M. Toope semble plausible.

Par ailleurs, ce qui me donne espoir et me laisse croire que le nouveau message a des chances de faire son chemin socialement est la façon dont il prend forme, c’est-à-dire par le dialogue. Il ne s’agit pas d’un dialogue qui ne fait que tolérer la présence d’étudiants et d’autres membres de la société civile. C’est un dialogue qui sollicite activement et sérieusement leur participation. J’ai quitté les réunions du centenaire avec l’impression que les membres de l’AUCC tendaient réellement l’oreille. Comme j’ai pu le constater en discutant à bâtons rompus avec les autres étudiants présents, je ne suis pas le seul à avoir cette impression. L’AUCC a donc réellement fait part d’une volonté et d’une capacité empathique à s’ouvrir à de plus vastes horizons. Pour que le changement s’opère, il faudra bien entendu que cette attitude perdure et inspire les autres intervenants qui se joindront à ce dialogue national. Cela fonctionnera-t-il? Je n’en suis pas certain, mais je vois des raisons d’être optimiste, et je sais que si notre « notre nation avertie et bienveillante » souhaite obtenir l’éducation qu’elle mérite et dont elle a besoin, c’est le genre d’histoire qui doit nous rejoindre tous.

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