L’importance des résultats et du parcours d’une formation universitaire
L’éducation, c’est à la fois l’utilisation et l’enrichissement des connaissances. L’éducation, c’est le processus par lequel nous découvrons que l’apprentissage améliore nos vies. L’apprentissage passe par l’expérience. – William Glasser
Quand je réfléchis à mes deux premières années à titre d’étudiant au premier cycle dans une grande université canadienne au cours des années 1980, je me rappelle surtout que j’étais le numéro 146509. Vingt-cinq ans plus tard, j’ai oublié la majeure partie de ce que j’ai appris, à part mon numéro d’étudiant et la méthode pour faire du nylon et de l’aspirine pendant les laboratoires de chimie organique. À l’époque, j’avais l’impression de n’être rien d’autre qu’un numéro et qu’une source de revenus, et cette impression dure encore aujourd’hui. Habitué aux petites écoles publiques, j’étais noyé dans une mer de 35 000 étudiants et personne ne se souciait de mon apprentissage ni de mon bien-être.
Heureusement pour mon avenir, j’ai décidé de quitter la maison et de traverser la frontière pour étudier dans un petit collège d’arts libéraux aux États-Unis. Cette décision a sans doute sauvé ma formation au premier cycle. Là-bas, je n’étais pas qu’un numéro parmi d’autres. J’ai été accueilli au sein d’un milieu où chacun est autonome par rapport à son apprentissage, et signe avec ses professeurs des ententes sur la manière d’apprendre et d’évaluer les connaissances acquises. Je pouvais sélectionner des cours en apparence disparates et les intégrer dans une formation interdisciplinaire qui m’a redonné confiance en mes capacités intellectuelles et scolaires, lesquelles avaient auparavant été réduites au numéro 146509. En collaboration avec mes pairs et mes instructeurs, j’ai appris à penser, à analyser, à exercer ma pensée critique, à créer, à rédiger, à pagayer et à gravir des montagnes (au propre comme au figuré).
Pour obtenir notre diplôme, nous devions d’abord démontrer notre compétence dans notre domaine d’études principal ainsi que dans deux autres domaines. En recevant un diplôme de ce collège unique, j’ai su que je voulais moi-même enseigner dans un environnement d’apprentissage aussi inspirant et j’ai poursuivi des études supérieures en ce sens. Je peux affirmer avec certitude que si je n’avais pas changé d’université (modifiant, de ce fait, mon expérience au premier cycle), je serais devenu une tout autre statistique en venant gonfler des taux d’attrition déjà formidablement élevés. Je n’aurais jamais été titulaire du prix 3M.
Quand je réfléchis à l’avenir de l’enseignement universitaire au Canada, j’imagine que je « grimpe » dans ma classe jour après jour. Comme lorsque j’escalade une montagne, je visualise mon ascension, puis j’accomplis les gestes nécessaires pour atteindre le sommet. Je favorise la participation des étudiants en créant un milieu d’apprentissage accueillant, actif et fondé sur l’expérience qui fait d’eux un groupe d’apprenants ayant chacun leurs buts, leur parcours et leurs motivations. Devant leurs hésitations et leur ambivalence, j’affiche une passion débordante pour la matière enseignée. Je veux que chacun de mes étudiants vive une expérience comparable à celle que j’ai moi-même vécue au Collège Prescott.
En nous tournant vers l’avenir, nous devons veiller à accorder autant d’importance au parcours qu’aux résultats de la formation universitaire. Nous devons transformer nos gigantesques (et déshumanisants) établissements d’enseignement en petits milieux où les étudiants peuvent former leur « base d’apprentissage » et où les activités d’enseignement et de recherche de leurs professeurs sont évaluées autrement que par le nombre de publications dans leur CV. Les universités doivent former les prochaines générations de philosophes, d’éducateurs et de scientifiques au moyen de méthodes d’enseignement novatrices, créatives et fondées sur l’expérience. Les dirigeants universitaires doivent éliminer la dichotomie entre enseignement et activité savante en accordant autant d’importance et de ressources à ces deux éléments fondamentaux et en favorisant les rapprochements entre eux. Ce changement de comportement organisationnel placera les étudiants au cœur de la mission universitaire et fera en sorte qu’aucun d’entre eux ne se sentira comme un simple numéro.

