Les universités canadiennes : Quai 21 des temps modernes

22 septembre 2011



Alors que les universités canadiennes tentent de se redynamiser pour les 100 prochaines années, elles doivent se recentrer sur l’importance de l’enseignement au premier cycle.

En mars dernier, l’AUCC a organisé un atelier sur l’enseignement au premier cycle au Quai 21 à Halifax, un emplacement des plus évocateurs qui, selon Roberta Jamieson, présidente-directrice générale de la Fondation nationale des réalisations autochtones, personnifie la promesse canadienne. Les universités ont été le Quai 21 des Canadiens, et doivent continuer de l’être.

Le Grote Bier a accosté au Quai 21 en provenance de Rotterdam en 1953. Un couple allemand et leurs enfants, tous plus blonds les uns que les autres, en sont descendus pour poser le pied au Canada. Aucun des parents ne possédait de formation universitaire. Pourtant, les sept enfants ont fréquenté l’université. Celle que j’ai eu la chance d’épouser a obtenu un doctorat, écrit 10 ouvrages, remporté un prix en enseignement et une médaille du gouverneur général, et a été admise à la Société royale. Pour cette famille allemande, le Quai 21 et les universités ont ouvert un monde de possibilités.

À l’instar du Quai 21, les universités canadiennes personnifient la promesse d’une vie meilleure. Leurs diplômés contribuent de façon importante à la société sans être un fardeau pour celle-ci. En d’autres mots, ils contribuent davantage à la société qu’ils en retirent, renforçant ainsi le Canada et ses collectivités.

Les universités canadiennes sont, à maints égards, liées aux collectivités par leurs aspirations, leurs expériences et leurs réalisations. Ce lien repose sur la qualité du parcours des étudiants au premier cycle.

Pourquoi faut-il insister sur ce point? Parce que de récentes expériences vécues par de nombreux recteurs comportaient beaucoup de frustrations. En voici des exemples : augmentation massive des effectifs; variation cyclique du financement gouvernemental; recettes qui n’augmentent pas au même rythme que les coûts; entretien différé des installations. En tant qu’administrateur, j’ai principalement géré des crises, jonglé avec les chiffres, recueilli des fonds et appris les principes de l’alchimie.

Honnêtement, j’ai participé à la restructuration des universités afin de restreindre les coûts au sein des départements et de faire progresser les programmes de recherche et d’enseignement aux cycles supérieurs. Les attentes gouvernementales en matière d’éducation postsecondaire portent principalement sur la productivité, l’innovation et la valorisation des résultats de la recherche, et les gouvernements tentent de pousser les universités à adhérer à leur stratégie au moyen des mesures incitatives financières. Ainsi, les universités ont centré leurs efforts sur les enjeux stratégiques et financiers par souci de maximiser leurs revenus issus de la recherche et de domaines connexes. Elles ont par conséquent favorisé les aspects les plus rentables de la promesse et du parcours universitaire, ceux qui produisent des résultats (les études supérieures, la recherche-développement et les grands projets scientifiques), au dépens des aspects à première vue moins rentables, mais indispensables à la génération de résultats.

Au fil de ce processus, les universités ont perdu de vue les promesses dont elles sont porteuses, surtout par rapport au premier cycle. Le lien entre les universités et la collectivité s’est rompu.

Ironiquement, la qualité du personnel, de l’infrastructure et des programmes d’études s’est améliorée, tandis que celle du parcours au premier cycle s’est détériorée. Ce parcours peut – et doit – être amélioré. La taille de nombreuses universités est devenue problématique, tout comme celle des classes. Les établissements ont de plus en plus recours à des chargés de cours, et l’interaction entre étudiants et professeurs diminue. Trop d’importance est accordée aux examens, au détriment de la rédaction et de la discussion.

Ces reculs traduisent à la fois des contraintes financières et des choix internes qui ont transformé les ressources affectées à l’enseignement au premier cycle en variables dépendantes du budget. Les enveloppes budgétaires consacrées au premier cycle ont souvent servi à interfinancer les coûts générés par les activités « rentables ». Il est cependant difficile de remettre en question un contexte que bon nombre de membres du milieu universitaire ne jugent même pas problématique.

Nous devons trouver le point d’équilibre entre les diverses initiatives visant à améliorer le parcours au premier cycle. Nous devons rallier les parents et les familles, qui font preuve d’une étonnante tolérance à cet égard.

Pour y parvenir, il faut tout d’abord mettre la priorité sur l’accès en rétablissant les liens avec la collectivité. Il faut améliorer l’accès aux études pour les nouveaux Canadiens, les habitants des régions rurales et des petites villes, les Autochtones, les garçons et les étudiants de première génération à fréquenter l’université en travaillant de concert avec les écoles secondaires pour veiller à la connexion entre compétences et aspirations.

Ensuite, il faut maintenir une expérience de qualité en prenant les mesures nécessaires et en se dotant d’un modèle de viabilité financière. Il ne faut surtout pas avoir peur de nous démarquer.

Enfin, il faut démontrer des résultats pour la collectivité et la société et offrir aux étudiants un tremplin pour les étapes à venir, qu’il s’agisse d’études aux cycles supérieures ou d’une formation professionnelle, d’engagement communautaire, d’emploi ou de recherche. Ces résultats doivent être suivis, mesurés, évalués et communiqués aux intervenants concernés.

Voici qui nous sommes : nous avons pour rôle de recruter et de former de jeunes talents, de générer des connaissances, de créer des occasions qui produisent des retombées pour la collectivité et de servir de forum pour les grands débats publics. Tout commence par un parcours de qualité au premier cycle. Nous devons donc prendre un engagement envers la qualité, le concrétiser et le communiquer.

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