Améliorer le parcours universitaire au premier cycle au Canada : Les bonnes et les moins bonnes nouvelles

21 novembre 2011



Beaucoup de Canadiens s’inquiètent de la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage dans les universités. Les mêmes préoccupations se font entendre aux États-Unis, où certaines études – comme celles décrites dans l’ouvrage Academically Adrift publié récemment – laissent croire qu’un passage de quatre ans à l’université n’entraîne pas de réelle amélioration des aptitudes rédactionnelles, de l’esprit critique ou du raisonnement complexe chez un grand nombre d’étudiants.

Dans le cadre de l’étude qui a servi à la rédaction de livre Academic Reform, nous avons examiné la situation dans 13 pays de même que les pratiques exemplaires au Canada pour déterminer les mesures que les universités et les gouvernements provinciaux pourraient prendre pour améliorer la qualité et la rentabilité du parcours universitaire au premier cycle. Ces mesures touchent au financement selon le rendement, aux ententes en matière de reddition de comptes, à la pratique d’enseignement, à l’évaluation de l’enseignement, à l’assurance de la qualité, à l’évaluation des résultats, à la mesure du rendement, à la présentation de rapports publics et à la participation des professeurs.

En ce qui a trait au financement selon le rendement et aux ententes en matière de reddition de comptes, la bonne nouvelle est que certaines provinces, comme l’Ontario, ont conclu des ententes avec toutes leurs universités, et celles-ci sont de plus en plus à l’aise avec cette façon de faire. Nous proposons de poursuivre sur cette lancée en s’appuyant sur l’exemple de l’Australie, qui intègre la négociation de l’entente, la production de mesures du rendement et la distribution du financement selon le rendement. Nous proposons également au gouvernement d’affecter une partie des subventions au fonctionnement à un fonds d’amélioration de l’enseignement qui serait distribué aux établissements en fonction des progrès accomplis relativement aux mesures négociées dans le cadre de l’entente en matière de reddition de comptes.

En ce qui a trait à la pratique d’enseignement, la bonne nouvelle est qu’il est possible d’améliorer la qualité et la rentabilité de l’enseignement et de l’apprentissage au premier cycle au moyen de techniques qui sont tout à fait à la portée du corps professoral. Chaque année, les connaissances sur ces techniques s’améliorent, et de nouveaux outils et méthodes d’apprentissage sont mis au point. Il y a cependant une nouvelle moins réjouissante : au Canada comme dans les autres pays, trop peu de professeurs adoptent ces façons de faire ou tirent parti des résultats de recherche.

La situation est légèrement meilleure en ce qui concerne l’examen des programmes d’études, certaines universités se livrant régulièrement à un processus de renouvellement. Par contre, toutes les universités subissent les mêmes contraintes imposées par les traditions dans les disciplines, et peu de départements ont relevé le défi lancé par Pierre Zundel, recteur de l’Université de Sudbury, et Patrick Dean, son homologue de la McMaster University, d’examiner des façons plus efficaces d’atteindre les objectifs des programmes d’études (Affaires universitaires, le 6 décembre 2010). Nous avons également découvert qu’il existe beaucoup moins de données sur l’enseignement au Canada que dans d’autres pays. Nous proposons des façons d’y remédier.

Sur le plan des évaluations de cours par les étudiants et les examens du rendement des professeurs, la bonne nouvelle est que les universités ont adopté des pratiques d’avant-garde (à titre d’exemple, vous pouvez consulter le nouveau cadre d’évaluation des cours de la University of Toronto). La moins bonne nouvelle, c’est que ces pratiques ne sont pas présentes dans toutes les universités. Nous proposons, pour les universités qui n’adhèrent pas encore à des pratiques bien établies, que les gouvernements abordent les façons d’améliorer la situation dans le cadre de la négociation annuelle des ententes en matière de reddition de comptes.

En ce qui a trait aux normes universitaires et à l’assurance de la qualité, on constate avec plaisir que certaines provinces, dont tout récemment l’Ontario, ont modernisé leurs systèmes d’assurance de la qualité. Elles adhèrent désormais à des principes en application dans des États dont la situation est comparable à la leur, et leurs processus d’assurance de la qualité peuvent être élargis au besoin. La principale question demeure le rôle que peut jouer l’évaluation des résultats d’apprentissage qui, à l’heure actuelle, n’est pratiquement pas prise en compte dans l’évaluation de la qualité des programmes d’études dans les universités canadiennes. Le Cadre canadien de reconnaissance des qualifications correspondant à un grade, qui a reçu l’aval des ministres provinciaux et territoriaux responsables de l’enseignement supérieur en 2007, ne constitue plus une pratique novatrice à l’échelle internationale en raison d’initiatives récentes menées aux États-Unis (comme le profil de reconnaissance des qualifications correspondant à un grade) et ailleurs en vue d’obtenir des descriptions plus précises et utiles des résultats d’apprentissage.

En matière d’évaluation des résultats, il est intéressant de constater qu’il existe désormais des techniques bien établies, comme celles du Collegiate Learning Assessment (CLA), pour évaluer la capacité des diplômés à trouver un emploi et leurs acquis relativement à la pensée critique, au raisonnement complexe et aux aptitudes rédactionnelles. Du côté des nouvelles moins réjouissantes, les enquêtes relatives à l’employabilité réalisées dans les provinces canadiennes auprès des diplômés s’appuient sur des méthodes primitives comparativement aux normes internationales, et aucune université n’utilise les mesures d’évaluation des résultats d’apprentissage élaborées récemment. Nous proposons d’intégrer l’évaluation des progrès réalisés par chaque université en matière d’évaluation des résultats d’apprentissage aux négociations annuelles relatives à la reddition de comptes.

Enfin, sur le plan de l’évaluation du rendement et de la présentation de rapports publics, d’impressionnantes initiatives sont menées au Canada – il suffit de penser à l’outil CUDO en Ontario –, mais elles ne peuvent se mesurer à des projets comme le Voluntary System of Accountability, un système de reddition de comptes instauré aux États-Unis. Le Canada peut tirer de grandes leçons des pratiques au Royaume-Uni et des plans visant à améliorer la présentation de rapports publics en Australie grâce au site Web My University. Nous croyons que les universités canadiennes devraient suivre l’exemple de ces pays.

Notre examen des pratiques en vigueur à l’étranger montre essentiellement que les grandes réformes visant à améliorer le parcours universitaire au premier cycle ne se produisent pas d’elles-mêmes. De nombreux professeurs et administrateurs sont déterminés à améliorer l’enseignement au premier cycle au Canada, mais les obstacles à la réforme sont importants. Les gouvernements provinciaux ont la responsabilité de mettre en place des mesures incitatives qui aideront les réformateurs à faire leur travail.

Ian D. Clark a corédigé, avec David Trick et Richard Van Loon, le livre Academic Reform: Policy Options for Improving the Quality and Cost-effectiveness of Undergraduate Education in Ontario, publié aux Presses universitaires McGill-Queen’s.

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