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« Du Mexique au Guyana » - Entretien avec Janet Mader

À l’automne 2009, lors de sa deuxième année de maîtrise en planification urbaine et régionale à la University of Waterloo, Janet Mader a passé trois mois à Aguascalientes, au Mexique. Elle y a évalué l’efficacité sociale, environnementale et économique du système de collecte des déchets de la municipalité. Elle a réalisé un sondage auprès des habitants afin de connaître les habitudes et les pratiques entourant la gestion des déchets domestiques et a remis ses résultats aux autorités locales afin que ces dernières puissent améliorer leurs services de gestion des déchets.

Quatre ans plus tard, la passion de Mme Mader pour le développement ne s’est toujours pas éteinte. Elle termine actuellement un stage de six mois à Georgetown, au Guyana, où elle collabore avec le ministère des Affaires amérindiennes pour mettre sur pied des projets de développement économique dans des villages indigènes.

Votre séjour à Aguascalientes n’était pas votre première expérience dans un pays en développement. À quels autres endroits avez-vous travaillé et qu’y faisiez-vous?

En 2006, j’ai passé trois semaines au Kosovo avec une amie qui connaissait des gens là-bas. Grâce à eux, nous avons eu le privilège d’habiter avec des familles dans de petits villages. Nous étions totalement imprégnées de leur culture et de leur langue. J’ai adoré découvrir le mode de vie des Kosovars. La simple tâche de cuisiner devenait une aventure et c’était très enrichissant d’arriver à communiquer malgré les obstacles linguistiques.

Avant d’effectuer mon stage dans le cadre du programme Étudiants pour le développement (EPD), je me suis rendue à Aguascalientes pour participer à la construction d’un orphelinat. Je n’avais jamais entendu parler de cette localité et, même si je cherchais un endroit où faire du bénévolat, je ne désirais pas particulièrement aller au Mexique. (En fait, je voulais aller au Pérou!) Mais l’occasion d’aller à Aguascalientes s’est présentée et j’y suis allée. J’ai tellement aimé l’endroit que j’ai décidé d’y passer deux mois plutôt qu’un.

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Un jeune homme recycle à Aguascalientes

Ce sont les gens que j’ai rencontrés et les relations que j’ai établies qui m’ont retenue. J’ai expliqué au conseiller responsable des études supérieures, Murray Haight, que j’aimerais faire de la recherche pour mon mémoire à cet endroit. Comme il est lui-même un maître à penser de la gestion des déchets, je lui ai parlé du système de collecte des déchets d’Aguascalientes qui semblait bien fonctionner. Il m’a proposé d’évaluer le système pour vérifier si, effectivement, il fonctionnait bien et pourquoi. J’ai communiqué avec le service municipal responsable de la collecte des déchets à Aguascalientes et ai soumis une demande de stage dans le cadre du programme EPD. Heureusement, j’ai été acceptée et j’y suis retournée.

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris pendant votre stage? 

Il existe une loi à Aguascalientes selon laquelle vous devez balayer la rue devant votre maison chaque jour. Et beaucoup de personnes s’y conforment!

J’ai aussi été surprise de constater que l’enseignement primaire avait une grande incidence sur la gestion des déchets. Les enfants sont généralement motivés et enthousiastes lorsqu’il s’agit de la propreté de leur collectivité. Ce qui est encore plus étonnant, c’est qu’ils exercent une influence considérable sur leurs parents. Les enfants sont probablement le deuxième facteur d’importance qui incite les ménages d’Aguascalientes à faire du recyclage, juste après l’aspect financier. Un grand nombre des ménages qui recyclent à Aguascalientes le font parce que leurs enfants ont appris à le faire à l’école et que ces derniers ont des devoirs à faire en matière de recyclage. 

Comment votre expérience au Mexique vous a-t-elle transformée?

Grâce à mon expérience au Mexique, j’ai appris à m’adapter, à être sensible aux différences culturelles et à mener un projet à grande échelle de manière autonome. Ces aptitudes m’ont donné la confiance nécessaire pour continuer mon travail en développement et soumettre la demande qui m’a permis d’obtenir mon stage actuel. Cette période passée au Mexique m’a aidée à trouver un stage en démontrant au coordonnateur que je peux vivre et travailler dans un pays en développement pendant au moins quelques mois.

Janet Mader à Aguascalientes

Janet Mader à Aguascalientes

Mon séjour au Mexique m’a également permis de définir ma spécialité en développement. J’ai analysé les aspects sociaux, environnementaux et économiques de la collecte des déchets et j’ai découvert que l’aspect social m’attirait particulièrement. Je trouve également les deux autres aspects intéressants, mais surtout lorsqu’ils ont des répercussions sur l’aspect social. Grâce à cette expérience, et à de nombreux autres facteurs, j’ai décidé de consacrer mes activités à la justice et au développement sociaux.

Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui envisage d’étudier ou de travailler dans le secteur du développement?

Commencez dès maintenant à faire des stages et du bénévolat. Faire l’essai d’un emploi dans le domaine du développement au moyen d’un stage est une excellente façon de découvrir si ce cheminement professionnel vous convient. La plupart des postes rémunérés en développement exigent au moins cinq ans d’expérience, alors vous devrez acquérir votre expérience au moyen de stages et de bénévolat.

Les emplois en développement nécessitent habituellement une spécialisation ou des aptitudes particulières. Pour vous préparer, choisissez un  programme d’études avec majeure dans un domaine réellement pratique, comme l’administration de la santé, la finance ou l’ingénierie, et une mineure en développement ou en études internationales. (Il faut remercier ma colocataire pour ce conseil. Elle aussi fait un stage en développement ici, à Georgetown.)

J’aimerais aussi prévenir les futurs artisans du développement d’aborder le développement économique actuel avec un esprit critique. Le développement économique permet aux gens de s’extraire eux-mêmes de la pauvreté, mais accorder trop d’importance aux profits risque de corrompre des structures sociales bien établies et basées sur la générosité, la confiance et l’entraide. (C’est ma principale crainte pour les collectivités amérindiennes du Guyana.) Les intervenants du développement doivent reconnaître les forces d’une collectivité et être conscients que celles-ci pourraient disparaître à l’arrivée d’un nouveau mode de vie.