La version anglaise de cet article d’opinion a paru dans la revue Embassy, le 18 décembre 2012.
Par Paul Davidson
Président-directeur général
Association des universités et collèges du Canada
En participant à la délégation du gouverneur général au Mexique ce mois-ci, j’ai entendu Son Excellence David Johnston en appeler à une « diplomatie du savoir », qu’il décrit comme la volonté et la capacité de travailler ensemble, d’une discipline à l’autre et d’un pays à l’autre.
Une telle diplomatie fondée sur des liens interpersonnels est très puissante. Collaborer et échanger des idées partout dans le monde nous permet d’avancer comme pays. Au lieu d’entretenir une concurrence internationale pour attirer le talent, nous devrions envisager une collaboration internationale à cet égard.
Nous nous sommes rendus au Mexique pour promouvoir une coopération accrue en matière d’innovation, de technologie, d’éducation et de développement local. Il s’agit d’un début. Le véritable changement résultera de l’établissement de relations de travail concrètes, c’est-à-dire de liens personnels directs.
Sur le plan universitaire, il y a d’excellentes raisons de renforcer la collaboration par la mobilité des étudiants et des professeurs et par la recherche internationale, non seulement avec le Mexique, mais à l’échelle mondiale. La Chine, l’Inde et le Brésil, en particulier, offrent une foule de possibilités dans de nombreux secteurs qu’il est urgent de saisir.
Notre main-d’œuvre vieillit : au cours des 20 prochaines années, six millions de Canadiens de la génération des baby-boomers prendront leur retraite. Le marché du travail qu’ils quittent a cependant beaucoup changé depuis le début de leur carrière. Ceux qui les remplaceront devront posséder des compétences et des connaissances qui dépassent les marchés locaux d’autrefois. La génération actuellement en formation doit donc acquérir des compétences internationales. Leur préparation sera garante de la prospérité du Canada pour les 50 prochaines années.
Une partie de la solution consiste à attirer davantage d’étudiants étrangers, qui enrichissent l’expérience d’apprentissage des étudiants canadiens sur nos campus par leurs points de vue, leurs langues et leurs cultures. Ces étudiants engendrent également des retombées économiques considérables pour les collectivités canadiennes. Bien que notre pays ait beaucoup à offrir, l’attrait des États-Unis est puissant. Nos efforts pour attirer des gens de partout dans le monde doivent donc être plus ambitieux et plus énergiques.
Le Mexique, par exemple, devrait être un lieu de recrutement tout désigné, en raison de sa proximité géographique et de près de 70 ans de relations diplomatiques et de collaboration en matière d’enseignement supérieur avec notre pays. Environ 44 000 étudiants mexicains ont effectué des études supérieures à l’étranger en 2008-2009. La part du lion, soit plus de 14 000, s’est dirigée vers les États-Unis. Moins de 2 000 d’entre eux sont venus au Canada, qui occupe ainsi le sixième rang, derrière des pays comme l’Allemagne et la France, pourtant beaucoup plus éloignés. Même l’Australie accentue ses efforts au Mexique.
J’ai invité les étudiants que nous avons rencontrés au Mexique à envisager le Canada comme destination d’études. Les établissements de tout le pays offrent une excellente formation. Nos universités et les frais de subsistance des étudiants sont abordables. Nos campus sont également ouverts à la diversité.
Le corps professoral des universités canadiennes a aussi beaucoup à offrir : la moitié des professeurs ont été embauchés au cours de la dernière décennie; ils sont jeunes, hautement qualifiés et proposent des méthodes d’enseignement et de recherche novatrices; ils font preuve de collaboration et sont tournés vers le monde; beaucoup d’entre eux ont acquis de l’expérience à l’étranger. Ajoutez à cela la démarche pratique offerte par les programmes coopératifs et les stages, qui sont devenus une marque de commerce de l’expérience universitaire canadienne, et vous obtenez des possibilités infinies de recherche et d’enseignement novateurs.
Les entreprises étrangères ont également intérêt à regarder du côté du Canada lorsqu’elles cherchent des stagiaires. En plus d’offrir une expérience pratique à un étudiant sur le point d’entamer sa carrière, les entreprises bénéficient ainsi d’une source d’idées et des pratiques novatrices, ainsi que d’un dynamisme renouvelé. Le diplômé qui intégrera bientôt le marché du travail quitte son stage avec une compréhension approfondie des forces de l’entreprise; il est prêt à travailler et peut être recruté, étant déjà présélectionné.
J’ai par exemple rencontré une vice-présidente de Bombardier Transport à Querétaro, au Mexique. Diplômée de l’Université de Sherbrooke, elle a fait ses débuts chez Bombardier comme stagiaire au milieu des années 1990, et n’a jamais quitté l’entreprise.
Bombardier a établi des partenariats avec de grandes universités mexicaines, dont Tecnológico de Monterrey qui, pour sa part, a conclu des ententes de réseautage avec 24 universités canadiennes, ce qui témoigne de l’attrait international des universitaires canadiens et de leur expertise.
Ce genre de liens personnels ouvrent des portes aux étudiants et aux chercheurs et favorisent la croissance économique des deux pays. Le gouvernement fédéral peut promouvoir ce type de relation en adoptant une stratégie durable, élaborée et bien financée; une stratégie dirigée par le secteur et liée aux objectifs nationaux.
Pour voir grand, nous devons aller au-delà des améliorations graduelles. Le changement ne se fera pas seulement en signant davantage d’ententes ou en effectuant des visites à l’étranger : il faut créer un tout nouveau type de relation qui correspond aux défis et aux occasions qui nous attendent, tant par sa portée que par son envergure.