La version anglaise de cet article d’opinion a été publié par Research Money
Par Daniel Woolf
Principal et vice-chancelier de la Queen’s University
Président du Comité consultatif permanent de la recherche universitaire de l’Association des universités et collèges du Canada
Les étudiants ont vécu la rentrée et sont maintenant bien intégrés à la vie universitaire ici sur le campus de la Queen’s University. Bon nombre de ceux qui étudient aux cycles supérieurs ont passé l’été sur le campus à travailler auprès de professeurs à divers projets de recherche – la recherche ne dort jamais.
Au Canada, nous avons la cote pour les réalisations en matière de recherche. Les équipes de recherche canadiennes ont élevé notre rendement au rang de chef de file mondial dans des domaines d’expertise comme les technologies de l’information et des communications, la santé, l’éducation et la gestion de l’environnement. Nous devons toutefois aller encore plus loin pour livrer concurrence aujourd’hui dans le marché mondial hautement concurrentiel de la recherche qui est de l’ordre de billions de dollars. Nos contemporains consacrent déjà beaucoup de ressources et d’attention à ce marché.
Prenons le Brésil. Ce pays est en voie de devenir la cinquième économie mondiale au cours des prochaines années. Ses universités accueillent 5,4 millions d’étudiants et elles forment déjà plus de titulaires de doctorats que le Canada. D’autres parties du monde sont aussi devenues des moteurs économiques mondiaux; d’ici vingt ans, plus de 40 pour cent du produit intérieur brut mondial seront concentrés en Asie.
La collaboration est devenue à la fois une norme et une nécessité parmi les chercheurs de renommé internationale. Au Canada, 40 pour cent des professeurs ont reçu leur premier grade ou leur grade le plus élevé dans un pays étranger, et 30 pour cent des titulaires de Chaires de recherche du Canada ont été recrutés à l’étranger. Les plus grands chercheurs collaborent comme jamais auparavant afin de tirer parti de la mise en commun des données et des connaissances, et de travailler ensemble. Près de 50 pour cent des publications universitaires du Canada sont cosignées par un auteur étranger, un taux deux fois plus élevé qu’il y a 15 ans et deux fois celui de la moyenne mondiale. Nous devons à présent intensifier nos efforts afin de nous adapter au contexte mondial de la recherche en constante évolution.
On se tourne vers les partenariats étrangers lorsque les puissances mondiales traditionnelles se retrouvent en situation financière difficile. La reprise économique plus lente que prévu aux États-Unis et l’instabilité économique persistante au sein de l’Union européenne ont ouvert la voie au Brésil, à la Chine et à l’Inde. Devant de tels changements, la constance se définit par la reconnaissance internationale et collective du fait que les investissements en recherche universitaire stimulent la croissance économique à court et à long terme. Au cours des dix dernières années, nos concurrents ont consacré des ressources considérables dans tous les secteurs de la recherche.
La Royal Society of London estime que le nombre total de chercheurs dans le monde s’élève à sept millions. Dans l’économie mondiale axée sur la recherche, les nouveaux joueurs qui profitent de démographies florissantes, accordent une grande importance à la recherche et la croissance économique.
Comme d’autres l’ont dit avant moi, le Canada devra faire des choix. Une révolution économique, sociale et technologique est en cours partout dans le monde. Au cours des prochaines décennies, nous devrons faire face à des enjeux de taille dans les domaines de l’économie, de la santé et de l’emploi en raison des changements démographiques qui se dessinent. D’ici 2030, la proportion de la population âgée de 65 ans et plus doublera tandis que la population active (les 25 à 64 ans) n’augmentera que de huit pour cent. Pour compenser et demeurer concurrentiel sur la scène internationale, le Canada doit se servir de ses atouts considérables sur le plan de la recherche pour stimuler l’innovation et accroître sa productivité.
Les collaborations internationales donnent déjà des résultats concrets, et ce n’est que le début. Le travail d’équipe dans le cadre de partenariats avec l’étranger en matière de planification et de recherche sur les pandémies permettra de mieux connaître les maladies infectieuses et en combattre plus rapidement la propagation. En ce qui concerne les grands bouleversements écologiques ou la surpopulation, la collaboration permettra de cerner les problèmes et de gérer adéquatement les ressources de la planète.
La Queen’s University travaille par exemple en partenariat avec l’Université Fudan de Shanghai et l’Université du Sud-Ouest de la Chine pour offrir des programmes universitaires de l’Ontario dans le domaine de la biologie de terrain. Ainsi, des étudiants des deux pays effectuent des études sur les milieux aquatiques et les écosystèmes du fleuve Yangzi Jiang dans les environs du projet du Barrage des Trois-Gorges en Chine, ainsi que dans les régions du fleuve Saint-Laurent et de l’arche de Frontenac de l’Est de l’Ontario.
En outre, Colin Funk, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en médecine moléculaire, cellulaire et physiologique à la Queen’s University, est le seul scientifique canadien à collaborer avec un consortium international composé de 39 chercheurs provenant de 18 établissements de quatre pays. Leurs travaux consistent à personnaliser la pharmacothérapie des médicaments les plus consommés dans le monde pour entre autres réduire les risques de crise cardiaque et d’insuffisance cardiaque.
Ces exemples démontrent que le Canada dispose de talent à offrir. Si nous voulons que le Canada soit perçu comme un partenaire intéressant, il faut placer la R-D au sommet des priorités d’investissements, et faire connaître cet engagement partout dans le monde. La concurrence est féroce. Nos collègues étrangers à la recherche de collaboration dans le cadre de projets complexes iront naturellement là où les ressources, le talent et les investissements sont disponibles.
Alors que ses concurrents font un bond en avant, le Canada doit s’engager à faire des investissements en R-D, particulièrement du côté du secteur privé, car si nous ne manifestons pas davantage d’intérêt, nos collaborateurs potentiels iront faire des affaires ailleurs, et nous risquons de voir partir aussi les chercheurs canadiens.
Pour assurer la prospérité chez soi, il faut faire de ses concurrents étrangers des alliés. Concurrence et collaboration vont désormais de pair et permettent, lorsqu’on parvient à concilier les deux, d’améliorer l’innovation, la productivité, le mieux-être, l’esprit d’entreprise et l’emploi au Canada.