Un extrait de cet article d’opinion a été publié dans l’édition du 1er avril 2011 du Globe and Mail.
Par Paul Davidson
Président-directeur général
Association des universités et collèges du Canada
Les universités canadiennes se réjouissent de constater que l’éducation postsecondaire s’est hissée, dès les premiers jours, parmi les thèmes importants de la campagne électorale fédérale. L’annonce, par le Parti libéral, de sa proposition de « passeport d’apprentissage » a déclenché cette semaine un vaste débat sur les moyens d’ouvrir les portes de l’enseignement supérieur à un nombre accru d’étudiants. L’amélioration de l’accès et de la qualité sont des questions complexes, qui méritent un solide débat national.
Le 31 mars, Margaret Wente a signé dans le Globe and Mail une chronique porteuse d’une vision particulièrement cynique et erronée de la valeur des études universitaires. Son argument, selon lequel les gens de métier trouveront toujours du travail et qu’il ne faut par conséquent pas élargir, mais au contraire resserrer l’accès aux études universitaires, ne tient pas : les études sur les besoins actuels du marché du travail démontrent le contraire.Penchons-nous sur ce qui s’est produit pendant la récession. Au Canada, de 2008 à 2010, 125 000 emplois ont été perdus dans le secteur des métiers, alors que 300 000 nouveaux emplois destinés aux diplômés universitaires ont été créés. En remontant plus loin, on constate que, depuis 2004, seuls 110 000 nouveaux emplois ont été créés dans le secteur des métiers, alors que 995 000 l’ont été pour les diplômés universitaires. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que les étudiants, conscients des besoins du marché du travail, soient de plus en plus nombreux à s’inscrire à l’université, partout au Canada.
En dépit des arguments à l’effet contraire, la valeur d’un baccalauréat est à la hausse, et ce, depuis plus de 25 ans. En moyenne, l’écart de revenus entre les bacheliers et les gens de métier qui travaillent à plein temps est de 40 pour cent (un million de dollars). L’écart est même de 75 pour cent (1,4 million de dollars) entre ces mêmes bacheliers et les titulaires d’autres types de certificats ou de diplômes. Par ailleurs, malgré certaines idées fausses qui circulent, les bacheliers en sciences sociales touchent sensiblement les mêmes revenus que les bacheliers des autres disciplines.
On est en droit de se demander si, compte tenu de ses propos, Mme Wente a eu vent de l’évolution démographique qui s’annonce. Au cours des deux prochaines décennies, le nombre de Canadiens de plus de 65 ans doublera, tandis que le nombre de Canadiens entrant sur le marché du travail ne progressera que de huit pour cent. Le marché sera donc fortement demandeur de main-d’œuvre. En outre, le départ à la retraite de quelque six millions de baby-boomers – parmi lesquels Mme Wente sans doute – accentuera la demande de services dans les domaines juridiques, sociaux et de la santé, dans tous les secteurs de l’économie. L’amélioration de l’accès aux études universitaires et de la qualité contribueront à relever les défis à moyen et à long terme qui guettent le Canada sur les plans démographique, économique et social ainsi qu’en matière de main-d’œuvre.
Autre point, peut-être méconnu : les titulaires de diplômes universitaires ne sont pas les seuls gagnants; ils contribuent aux bienfaits de la collectivité tout entière. Les diplômés universitaires font du bénévolat, s’engagent souvent dans des activités sociales et politiques, consomment moins de prestations gouvernementales et font peser un moindre poids sur le système de santé que ne le fait le reste de la population. En réalité, les diplômés universitaires génèrent 44 pour cent des recettes issues de l’impôt sur le revenu, alors qu’ils n’utilisent que 16 pour cent des fonds publics. L’écart entre ces deux pourcentages rend possible la prestation de services publics aux personnes moins instruites.
Dans sa chronique, Mme Wente s’en prend de manière prévisible au choix des étudiants qui optent pour des disciplines généralement considérées comme n’offrant pas de bonnes perspectives d’emploi. Elle oublie toutefois de mentionner que les employeurs sont de plus en plus en quête d’une main-d’œuvre dotée de solides aptitudes en matière de communication, d’analyse, de leadership et de résolution des problèmes. N’oublions pas non plus qu’un bon nombre d’étudiants qui entrent aujourd’hui à l’université occuperont, dans 10 ans, des emplois qui n’existent pas encore. Les universités forment la main-d’œuvre souple, polyvalente, productive et cultivée qu’exige l’évolution du marché du travail.
Pour démontrer l’absence du bien-fondé des efforts visant à élargir l’accès aux études universitaires, Mme Wente écrit que « le Canada affiche déjà l’un des taux de fréquentation universitaire les plus élevés au monde ». C’est faux : le Canada est loin du peloton de tête en la matière. Il se classe en réalité au 21e rang. En revanche, ses taux de poursuite d’études collégiales ou d’inscriptions dans les écoles des métiers sont, eux, parmi les plus élevés au monde. Mme Wente soutient en outre à tort qu’une forte proportion d’étudiants universitaires n’obtiendront pas leur diplôme. Les études montrent, au contraire, que cinq ans après l’amorce de leurs études universitaires, 90 pour cent des étudiants ont obtenu leur diplôme ou poursuivent leurs études.
Les faits le prouvent : acquérir une formation universitaire est le meilleur moyen, pour les familles canadiennes, d’accéder à la prospérité et à la sécurité économique. En plus d’améliorer la vie des personnes et des familles, acquérir une formation universitaire renforce les collectivités et garantit une bonne qualité de vie à tous les Canadiens. L’investissement dans les universités est l’un des plus avisés qu’un gouvernement puisse faire.
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