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Opinion

Le Canada doit se doter d’une culture de l’innovation Tisser des liens entre le secteur privé et le milieu universitaire

5 juillet 2011

La version anglaise de l’article d’opinion ci-dessous a paru dans le Financial Post le 5 juillet 2011

Par Paul Davidson
Président-directeur général
Association des universités et collèges du Canada

William Watson propose une théorie intéressante sur les obstacles à la productivité du Canada dans son article « Endless folly of innovation policy », publié le samedi 2 juillet dans le Financial Post.

Les jeunes talentueux veulent rendre le monde meilleur, et espérons que ce sera toujours le cas. Par contre, les jeunes d’aujourd’hui sont aussi bien concentrés sur leur rôle dans la nouvelle économie, sur des choses très pratiques comme un emploi enrichissant et leurs perspectives d’avenir. Une récession a cet effet sur les gens.

M. Watson réagissait au deuxième rapport L’état des lieux du Conseil des sciences, de la technologie et de l’innovation du Canada, qui fait suite au rapport publié en 2009. Le document de 76 pages compare aux normes internationales le rendement du Canada en matière de sciences, de technologie et d’innovation. Si l’on considère ce rapport comme un bulletin, le Canada obtient probablement une note de B ou C en innovation, malgré tout son potentiel. Dans la nouvelle économie mondiale du savoir, c’est tout simplement insuffisant.

En résumé, le message du Conseil est le suivant : le Canada doit faire mieux – surtout dans les domaines des investissements privés en R-D et de la collaboration du secteur privé avec les universités – s’il souhaite devenir plus qu’un « joueur intermédiaire » en innovation à l’échelle mondiale.

Le Conseil indique clairement que le pays ne manque pas de talent. Selon le rapport, le nombre de diplômés universitaires canadiens est en hausse et l’important secteur des doctorats en sciences est en forte croissance. En fait, le Canada affiche le taux de croissance des doctorats en sciences le plus élevé au monde et se classe au deuxième rang, derrière la Suède, au chapitre de la croissance des doctorats en génie. Voilà une bonne nouvelle pour une économie qui dépend des talents et des compétences de haut calibre. Le Conseil avertit toutefois le Canada d’éviter l’excès d’optimisme et lui conseille de continuer d’accroître son bassin de talents.

Cependant, le rapport indique clairement que le Canada est privé d’une « culture de l’innovation » en entreprise. Les dépenses en R-D par entreprise, en chiffres absolus, connaissent un recul depuis 2006. Certains ont souligné que les investissements en R-D du secteur privé canadien par rapport au PIB représentent respectivement environ la moitié, le tiers et le quart des investissements réalisés aux États-Unis, en Suède et en Corée. Voilà qui n’aide pas le Canada à devenir un chef de file mondial en matière d’innovation. À défaut de renforcer les investissements en R-D du secteur privé canadien, on doit envisager la perspective défavorable d’une économie en mauvaise santé, d’un potentiel humain inexploité et d’une qualité de vie insatisfaisante.

Malgré les grands titres démoralisants, certains secteurs présentent un meilleur rendement. Au Canada, huit secteurs d’activité sur 16 comptent des investissements en R-D supérieurs à la moyenne sectorielle de l’OCDE. En ce qui concerne la fabrication de TIC et de transports (y compris l’aérospatiale), le Canada figure presque parmi les cinq pays qui effectuent les investissements en R-D les plus élevés. Le Canada dépasse même les cinq principaux pays comparables en ce qui concerne le secteur du papier et du bois d’œuvre.

Le rapport du Conseil souligne que le secteur privé doit absolument participer davantage à la recherche si le Canada souhaite devenir un chef de file en innovation. Il révèle également (avec l’appui des universités canadiennes) que les Canadiens doivent trouver de meilleures façons de transmettre au marché du travail le savoir des universités et des autres centres de recherche.
Le rapport met en évidence divers exemples novateurs de collaborations avec les universités dont les entreprises tirent déjà avantage. Il mentionne les nouvelles exportations et les nouveaux produits tirés de la recherche universitaire, que ce soit l’amélioration des variétés de pois, de fèves et de lentilles, l’augmentation de l’efficacité et de la sécurité des aéronefs, ou encore les traitements révolutionnaires contre le cancer qui permettent de réduire les temps d’attente et les coûts de traitement.

C’est en collaborant avec des partenaires pour améliorer la transmission du savoir au marché du travail que les universités peuvent appuyer concrètement les entreprises. Voilà pourquoi il est particulièrement encourageant de voir que le rapport souligne le rôle important des stages et des autres types d’échange à cet égard. Trouver d’autres types d’échanges entre les entreprises et les étudiants universitaires de tous les cycles contribuerait à renforcer la culture de l’innovation.

Les universités aident le Canada à devenir un chef de file en matière de productivité par beaucoup d’autres moyens, notamment en s’adaptant aux besoins du marché du travail. Les universités canadiennes forment des diplômés dotés des compétences en analyse, en créativité et en résolution de problèmes qui sont nécessaires au sein de l’économie mondiale actuelle. Selon de récentes données, 300 000 emplois ont été créés au sein de l’économie canadienne pour les diplômés universitaires depuis 2008, par rapport à seulement 78 000 emplois pour les diplômés collégiaux, tandis que les personnes qui n’ont pas terminé leurs études secondaires ont perdu 433 000 emplois.

Qui plus est, ces diplômés mènent des carrières enrichissantes. Au cours de leur vie active, les diplômés universitaires gagneront généralement 1,3 million de dollars de plus que les personnes qui ont seulement terminé leurs études secondaires et un million de dollars de plus que les titulaires d’un diplôme collégial.

Le Canada possède suffisamment de talents pour devenir un chef de file en matière d’innovation. Toutefois, une collaboration accrue à la transmission du savoir au secteur privé et une hausse des investissements privés sont essentielles à la réalisation du potentiel du pays.