La version anglaise de cet article d’opinion a été publié par le Toronto Star le 8 septembre 2012.
Par Alastair Summerlee
Recteur, Guelph University
Administrateur d’office, Association des universités et collèges du Canada
La mobilité des étudiants aux cycles supérieurs est un processus bidirectionnel. Nous voulons à la fois attirer les meilleurs étudiants étrangers dans nos universités et faire profiter les étudiants canadiens d’une expérience à l’étranger. Alors que le flot d’étudiants entrant au Canada se porte plutôt bien et présente un bon potentiel de croissance, il est loin d’en être de même dans l’autre direction.
Même si le Canada accuse encore un retard par rapport à d’autres pays concurrents en matière de recrutement d’étudiants étrangers, sa part du marché augmente. En 2011, le nombre d’étudiants étrangers inscrits dans les universités canadiennes était à la hausse pour une 16e année consécutive. À l’heure actuelle, quelque 100 000 étudiants étrangers originaires de plus 200 pays fréquentent les universités du Canada.
Pourquoi est-ce important? Tout d’abord, les étudiants étrangers enrichissent l’expérience d’apprentissage de leurs homologues canadiens en apportant leurs points de vue, leurs langues et leurs cultures sur nos campus. Ils contribuent également à la prospérité du Canada.
Certains croient que ces étudiants venus d’ailleurs coûtent cher aux contribuables, mais ce n’est pas du tout le cas. En règle générale, ils couvrent entièrement le coût de leur formation et produisent des retombées économiques considérables. Selon un rapport publié par le gouvernement fédéral en juillet 2012, les étudiants étrangers au Canada génèrent 81 000 emplois, injectent près de huit milliards de dollars dans l’économie et produisent plus de 445 millions de dollars en revenus annuels pour le gouvernement. Ces chiffres sont supérieurs à ceux des exportations canadiennes de blé.
Au cours des prochaines années, les universités canadiennes et leurs partenaires du gouvernement et du secteur privé prévoient intensifier leur collaboration afin d’attirer en plus grand nombre les étudiants étrangers sur leurs campus. Il ne faudrait cependant pas oublier d’offrir davantage de possibilités d’études à l’étranger aux Canadiens. Malheureusement, seulement 12 pour cent des étudiants au premier cycle participent à une expérience d’études à l’étranger menant à l’obtention de crédits pendant la durée de leur programme d’études. Le monde exige davantage de la part du Canada.
L’avenir du Canada est de plus en plus façonné par des forces mondialement interconnectées qui évoluent rapidement. Pour se démarquer, le Canada a besoin d’une main-d’œuvre possédant une connaissance d’autres pays, d’autres cultures et d’autres langues et apte à établir des partenariats avec des collègues étrangers. En permettant à un plus grand nombre d’étudiants canadiens de vivre et d’apprendre tout en côtoyant une autre culture que la leur, le Canada formera des citoyens du monde et la main-d’œuvre dont il a besoin pour prospérer dans la nouvelle économie du savoir.
Selon une enquête récente du BCEI, 91 pour cent des employeurs disent reconnaître la valeur des candidats ayant vécu une expérience à l’étranger parce que cette expérience leur a permis d’acquérir la compréhension d’une autre culture. Par ailleurs, 50 pour cent des employeurs ont affirmé qu’à compétences égales, ils privilégieraient un candidat ayant vécu une expérience d’études à l’étranger.
Les expériences d’études à l’étranger jouent également un rôle important dans le processus de croissance personnelle des étudiants. Les années passées à l’université ont une influence déterminante sur la vie de beaucoup de jeunes Canadiens. Le contact avec des langues, des cultures et des milieux étrangers ainsi que les expériences que celles-ci les amènent à vivre les enrichissent encore davantage. Ils reviennent au pays non seulement avec une meilleure compréhension du monde qui les entoure, mais également avec une meilleure compréhension d’eux-mêmes. À leur retour, ils saisissent aussi mieux la valeur de l’identité canadienne.
À la University of Guelph, j’ai vu des centaines d’étudiants revenir d’une expérience d’études à l’étranger avec une compréhension nouvelle de ce qui distingue le Canada et de la chance qu’ils ont d’y habiter. Ils s’émerveillent de tout ce que nous pouvons accomplir chaque jour; des choses qu’ils tenaient auparavant pour acquises.
À moins d’augmenter considérablement le nombre d’étudiants canadiens appelés à vivre une expérience à l’étranger, le Canada risque d’être dépassé. Il suffit de regarder ses concurrents économiques. Environ 33 pour cent des étudiants allemands et 20 pour cent des étudiants américains effectuent un séjour à l’étranger pendant leurs études universitaires.
Des considérations d’ordre financier sont souvent citées comme principal obstacle à l’augmentation des taux de participation aux expériences d’études à l’étranger. Nous pouvons faire quelque chose.
La mise sur pied d’un programme pancanadien de mobilité étudiante, financé par le gouvernement et le secteur privé, permettrait aux étudiants canadiens d’acquérir l’expérience internationale dont ils ont besoin pour réaliser leur plein potentiel et contribuer à l’économie mondiale. Un tel programme devrait offrir des possibilités d’études, de travail et de recherche de durée variée à l’étranger. La participation du secteur privé est indispensable pour permettre aux étudiants d’acquérir une expérience pratique grâce à des stages et autres expériences semblables.
Je suis de plus en plus convaincu que ce programme verra le jour – et prochainement – à la lumière du rapport du comité consultatif sur la stratégie du Canada en matière d’éducation internationale, rendu public le 14 août. Le comité, présidé par Amit Chakma, recteur de l’Université Western, avait pour mandat de conseiller le gouvernement fédéral sur l’élaboration d’une nouvelle stratégie en matière d’éducation internationale. Il recommande la création d’un vaste programme de mobilité qui permettra à 50 000 étudiants canadiens de plus de prendre part annuellement à un séjour d’études, à un échange culturel ou à une activité d’apprentissage par le service ou l’expérience à l’étranger d’ici 2022.
Les expériences à l’international ouvrent de nouveaux horizons. Elles aident les jeunes à comprendre la place qu’occupe le Canada dans le monde, et la place qu’eux-mêmes occupent au Canada. Les études à l’étranger contribuent à former les travailleurs sensibles aux différentes cultures dont le marché du travail a besoin.
Plus important encore, ces expériences contribuent à former de jeunes adultes empathiques et au fait des enjeux mondiaux, qui sont prêts à prendre leur place dans le monde. Et c’est exactement ce dont le Canada a besoin.