Par Paul Davidson
Président-directeur général
Association des universités et collèges du Canada
Il y a tout juste trois ans, le premier ministre Stephen Harper présentait des excuses au nom du gouvernement du Canada et de tous les Canadiens pour la honte nationale liée au système de pensionnats autochtones. Il s’agissait d’un moment symbolique, mais plusieurs se sont demandé si des gestes seraient posés par la suite. Depuis trois ans, des initiatives ont suscité un certain optimisme et permis de croire que des progrès réels sont possibles au sujet des nombreux enjeux propres aux Canadiens autochtones.
On a souvent eu de l’espoir – qui chaque fois s’est évanouie. Qu’y a-t-il de différent cette fois?Depuis que des excuses ont été présentées, on reconnaît qu’il incombe à chacun de nous de trouver des solutions. Le débat national a abandonné le ton accusateur pour adopter une attitude reconnaissant que les gouvernements, le secteur privé, les collectivités autochtones et la société civile ont chacun leur part à faire. Shawn Atleo, chef national de l’Assemblée des Premières Nations, nous rappelle que nous faisons tous partie du « traité ». Pour la première fois, les dirigeants de tous les secteurs travaillent dans le même sens vers un objectif commun.
Sur la même note encourageante, on remarque la volonté de considérer l’innovation comme une piste de solution. Le programme d’innovation est souvent perçu comme favorable à l’élaboration de nouveaux produits et services pour accroître la productivité, mais ce programme peut aussi aider à répondre aux besoins des Canadiens autochtones. Toutes les parties intéressées se penchent sur de nouveaux modèles, structures et démarches, entre autres dans les domaines de l’éducation et des soins de santé, afin d’obtenir des résultats concrets pour les Canadiens autochtones.
Il y a aussi consensus sur la nécessité de combler l’écart en matière d’éducation pour réaliser des progrès sur tous les fronts. Le gouvernement canadien reconnaît l’urgence d’agir : le premier ministre Stephen Harper a formé un groupe d’experts sur la question afin de formuler des recommandations sur la manière de remédier à la situation, et au début du mois, le ministre des Affaires autochtones John Duncan, a dévoilé le Plan d’action conjoint Canada-Premières nations qui met l’éducation au sommet des priorités.
Les universités canadiennes collaborent avec des leaders autochtones depuis deux ans afin de pouvoir offrir les conditions les plus propices pour accroître l’accès et la réussite des étudiants autochtones. Les doyens des facultés d’éducation dans l’ensemble du pays ont élaboré un nouvel Accord sur l’éducation autochtone, actuellement mis en œuvre, qui favorisera la présence d’un plus grand nombre de professeurs et de chercheurs d’origine autochtone à l’université, et les universités offriront des programmes d’études pertinents aux peuples autochtones.
L’Association des universités et collèges du Canada (AUCC) a effectué récemment un inventaire des programmes et des services offerts sur les campus pour appuyer la réussite autochtone. L’inventaire a révélé que, depuis 2006, les universités offrent aux étudiants autochtones des programmes de soutien, des bourses et des programmes d’études pertinents et qu’elles forment des diplômés autochtones comme jamais auparavant. Un diplôme universitaire est un gage d’espoir et de possibilités pour les étudiants autochtones et leurs familles. Bon nombre de ces diplômés ont suivi une formation dans les domaines les plus en demande dans les collectivités autochtones, soit la santé, l’éducation et les affaires.
Une urgence économique et démographique incontestable inspire ces initiatives. La population du Canada est vieillissante et une vague massive de départs à la retraite se profile. Les employeurs se demandent où ils trouveront la main-d’œuvre dont ils auront besoin. D’ici 15 ans, plus de 400 000 jeunes Autochtones atteindront l’âge d’entrer sur le marché du travail. Posséderont-ils les connaissances et les compétences requises pour contribuer pleinement à la prospérité du Canada?
Le Centre d’étude des niveaux de vie estime que parvenir à combler l’écart en matière d’éducation se traduirait, en 2026, par une augmentation des revenus des particuliers de 36,5 milliards de dollars; une augmentation des revenus du gouvernement de 3,5 milliards de dollars; une réduction des dépenses gouvernementales de 14,2 milliards de dollars. Ces données économiques et démographiques ont incité Don Drummond, ancien économiste en chef de la banque TD et maintenant à l’École d’études des politiques de la Queen’s University, à réunir ce mois-ci à Kingston un groupe d’éducateurs, de responsables de l’élaboration de politiques et d’employeurs afin de définir, à titre de priorité nationale, une voie à suivre en matière d’éducation aux Autochtones.
Tous les participants à la conférence à Kingston ont convenu que des investissements substantiels seront nécessaires pour améliorer la réussite scolaire chez les peuples Autochtones. Or, la situation actuelle, qui allie leadership, innovation, actions ciblées et urgence économique, est une combinaison gagnante pour progresser.
Mary Simon, présidente d’Inuit Tapiriit Kanatami, a parlé du sentiment d’urgence et de l’orientation sans précédent qu’elle a constatés lorsqu’elle a présenté la Stratégie nationale sur l’éducation des Inuit la semaine dernière sur la Colline du Parlement. Rappelant qu’elle était présente lorsque le premier ministre a présenté les excuses du Canada, elle a signalé que nous sommes au seuil de quelque chose de réellement nouveau et différent.
Le Canada est peut-être prêt maintenant à franchir ce seuil.