
Le changement peut entraîner toutes sortes de difficultés, même lorsqu’il se produit à petite échelle. La University of British Columbia (UBC) a décidé de voir grand en se donnant pour objectif de transformer l’enseignement des sciences au premier cycle dans autant de départements et de classes que possible dans le cadre de la Carl Wieman Science Education Initiative.
En cours depuis 2007, le projet de 12 millions de dollars favorise l’adoption d’une technique d’enseignement fondée sur des données probantes, considérant l’enseignement des sciences comme un processus scientifique en soi. Dans le cadre du projet, les départements sont appelés à déterminer ce que les étudiants doivent apprendre, à mesurer leurs apprentissages réels et à adapter leur technique d’enseignement et les programmes de cours – entre autres par l’intégration de technologies et de résultats de recherche – afin d’atteindre les objectifs, puis à diffuser et à adopter les approches qui portent des fruits.
Ces changements s’appuient sur la recherche en sciences cognitives, qui montre que les étudiants acquièrent une véritable expertise lorsqu’ils sont appelés à se colleter à des problèmes et non lorsqu’ils doivent apprendre des faits par cœur.
C’est là qu’entrent en jeu les pratiques d’engagement interactif, comme l’utilisation de télévoteurs ou les discussions et les exercices de résolution de problème en petits groupes. Les lectures préparatoires et les questionnaires en ligne, de même que les pré-tests et les post-tests aident les professeurs à suivre de près le niveau d’acquisition des concepts par les étudiants et les éléments qui leur posent des difficultés.
Quatre ans après le début du projet, « de nombreuses données » montrent que l’engagement interactif est en forte hausse dans les cours de sciences à la UBC, même dans ceux comptant plusieurs centaines d’étudiants, se réjouit Sarah Gilbert, directrice par intérim du projet.
Son efficacité a également été démontrée. Selon une étude publiée dans Science en 2011, le recours à des pratiques d’enseignement interactif s’est traduit par un rendement deux fois supérieur en matière de participation en classe et d’acquisition de concepts complexes chez les étudiants en physique, en plus d’accroître leur assiduité.
« On observe une baisse de la participation lorsque le professeur a largement recours aux exposés magistraux », explique Mme Gilbert au sujet des tendances observées dans les classes où l’enseignement interactif est utilisé.
Quels sont les ingrédients de la réussite? Le projet s’appuie sur le principe que les changements d’ordre pédagogique doivent se produire à l’échelle du département et nécessitent la participation de la majorité des professeurs. Même si les coûts n’augmentent pas en principe une fois les changements mis en œuvre, le processus exige tout de même du soutien et des ressources supplémentaires. Le projet Wieman s’appuie sur un modèle départemental d’enseignement des sciences et sur l’expertise de spécialistes de l’apprentissage auxquels le département fait appel pour aider les professeurs à déterminer des objectifs d’apprentissage et à évaluer l’apprentissage et la progression du processus de changement. Ces experts sont rémunérés grâce à des fonds versés au département dans le cadre du projet.
Jusqu’à maintenant, sept départements – dont ceux de statistique et de mathématique – prennent part au projet, celui des sciences de la Terre et de l’océanographie étant le plus avancé. Dans ce département, environ 60 pour cent des professeurs ont modifié les fondements de leur pratique d’enseignement.
Le projet porte le nom de son premier directeur, M. Wieman, récipiendaire du prix Nobel de physique qui est actuellement en congé de l’Université pour remplir les fonctions de directeur adjoint des sciences de l’Office of Science and Technology Policy de la Maison-Blanche pendant la présidence de Barack Obama.
Le travail qu’il a entrepris se poursuit. Il s’agit d’« un projet parmi d’autres initiatives d’envergure » qui produisent des retombées considérables sur l’enseignement à la UBC, selon Harry Hubball, conseiller principal en enseignement et en apprentissage et directeur de l’Institute for the Scholarship of Teaching and Learning de l’Université.
À titre d’exemple, l’Institut sollicite l’aide des professeurs pour accomplir son mandat. Parmi les initiatives récentes, mentionnons une approche coordonnée de renouvellement des programmes de cours et l’élaboration d’une approche de l’évaluation de l’enseignement par les pairs visant l’ensemble du campus. De plus, la UBC offre depuis 1998 un certificat en pédagogie dans l’enseignement supérieur destiné aux professeurs.
L’Université vient également de se doter de son propre Conseil des récipiendaires du prix 3M afin de tirer parti de l’expertise collective de ses récipiendaires.
Comme l’Université mène des projets faisant appel à l’expertise qui se trouve déjà entre ses murs, M. Hubball constate que l’amélioration des pratiques d’enseignement « ne se limitent pas toujours à l’obtention de fonds supplémentaires. C’est souvent une question de faire le lien entre les différents éléments. »
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