Home

Université de Sherbrooke - étude de cas

La formation d’un nouveau genre de médecin : L’enseignement par la résolution de problèmes à l’Université de Sherbrooke

Il y a 30 ans, la Faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke a dû relever un défi : le contenu de son programme devenait de plus en plus lourd et le savoir médical évoluait toujours. Qui plus est, la méthode traditionnelle d’apprentissage, axée sur les cours magistraux, devenait de moins en moins efficace à mesure que de nouveaux éléments étaient ajoutés au programme. Les étudiants, dépassés et démotivés, manquaient d’occasions d’appliquer leurs connaissances théoriques aux situations pratiques.

En 1987, après plusieurs années de discussion, de réflexion et de planification, l’Université est devenue l’une des premières au monde à convertir le programme traditionnel de sa faculté de médecine dans son intégralité en un programme dont la principale démarche pédagogique est l’enseignement par la résolution de problèmes. L’Université s’est inspirée de la McMaster University, dont la jeune école de médecine avait été la première, près de 20 ans plus tôt, à adopter cette démarche, ainsi que de l’Université de Maastricht aux Pays-Bas, qui avait lancé l’enseignement par la résolution de problèmes au milieu des années 1970.

La transformation a été réalisée en ajustant le budget d’exploitation de la Faculté, sans investissement supplémentaire. Malgré cela, un leadership fort et une formation des professeurs en méthodologie de l’enseignement ont été essentiels, affirme Paul Grand’Maison, vice-doyen sortant (en octobre 2011) aux études médicales prédoctorales et participant à la réforme du programme de 1987.

« Ce n’est pas l’argent qui importe, explique le Dr Grand’Maison, mais bien l’engagement des gens. »

Cet engagement était destiné à accroître le nombre de possibilités d’apprentissage en petits groupes qui incitent les étudiants à apprendre par eux-mêmes, et à mettre l’accent sur l’aspect collectif en montrant aux étudiants à être attentifs aux besoins des patients et des collectivités dont ils prendront soin. Au fil du temps, l’administration et les professeurs de la Faculté de médecine ont révisé et modifié le programme de façon périodique, mais l’apprentissage actif et en petits groupes, en demeurent des piliers.

« À nos yeux, le programme est en constante évolution », précise le Dr Grand’Maison.

En vertu de l’ancien système, une unité d’enseignement typique en cardiologie s’étendait sur cinq ou six semaines à raison de 25 heures de cours magistraux par semaine. Avec l’enseignement par la résolution de problèmes, l’unité dure toujours cinq semaines, mais les étudiants reçoivent deux problèmes par semaine à résoudre au moyen d’analyses, d’apprentissage autonome et de discussions en petits groupes. Les cours magistraux sont limités à quatre heures par semaine, les petits groupes sont composés de tout au plus huit personnes et le professeur agit à titre d’animateur plutôt que de conférencier.

Grâce à cette démarche, les diplômés en médecine de l’Université de Sherbrooke obtiennent continuellement de bons résultats aux examens nationaux, et au moins une étude a conclu que la transition vers une méthode d’enseignement par la résolution de problèmes axée sur la collectivité a eu pour résultat une amélioration notable des soins préventifs et de la continuité des soins. Il est maintenant reconnu que la Faculté de médecine forme des diplômés qui, dans une forte proportion, choisissent de pratiquer et de demeurer en milieu rural, où une grande débrouillardise est nécessaire (les étudiants doivent effectuer au moins le tiers de leur résidence ailleurs que dans un important hôpital d’enseignement). Les étudiants jugent que le recours à l’apprentissage actif et en petits groupes est un fait saillant de leur expérience d’apprentissage. En 2006, la Faculté a étendu son programme à deux autres emplacements (Saguenay au Québec et Moncton au Nouveau-Brunswick), ce qui a porté le nombre total d’étudiants par promotion à environ 200.

Bien entendu, la formation des professeurs constitue un élément essentiel de cette démarche.

Comme l’explique le Dr Grand’Maison, « le perfectionnement de nos professeurs est une activité de renforcement des capacités à long terme qui n’aura jamais de fin. »

Les nouveaux professeurs de la Faculté de médecine sont tenus de suivre des ateliers sur la pédagogie d’une durée variant entre une demi-journée et deux jours, et des cours de perfectionnement sont offerts chaque année. Des cours et des programmes d’études de plus longue durée sont également offerts en espérant qu’ils deviennent le lieu de formation des prochains leaders de l’enseignement de la médecine. En 2001, la Faculté est devenue la seule au Canada à être nommée Centre collaborateur en enseignement et en pratique des sciences de la santé de l’Organisation mondiale de la santé.

Les professeurs peuvent obtenir une promotion au sein de la Faculté seulement s’ils participent au programme d’enseignement de la médecine. De plus, dans le but de mieux souligner l’importance de l’enseignement à la Faculté, celle-ci met en pratique une démarche de plan de pratique en matière de rémunération. Pour ce faire, les professeurs mettent en commun leur rémunération universitaire et clinique, et les fonds sont redistribués selon une formule qui prend en considération l’apport de chacun à l’enseignement, à l’administration et à la recherche.

Cette méthode a « donné à l’enseignement la place qui lui revient, conclut le Dr Grand’Maison. Nous voulons faire en sorte que son importance est reconnue. »